Zviane (Sylvie-Anne Ménard de son vrai nom) est une pianiste de 23 ans qui a commencé à faire des BD dans ses temps libres. Sa connaissance et son intérêt pour la musique expliquent la thématique de sa première œuvre et alimentent les discussions techniques qui s’y retrouvent. Si il est dit dans sa biographie qu’elle est une pianiste exceptionnelle, on ne pourrait pas lui décerner un adjectif aussi fort pour ce qui est de son versant de bédéiste.
Émile est un étudiant en composition musicale qui se cherche encore une voie dans la vie. Il n’a pas une vie sociale très active, s’entend bien avec sa colocataire même s’il est rarement sympathique avec elle et semble très replié sur lui-même. Il se retrouve jumelé avec Blanche, une pianiste talentueuse qui donne vie à ses pièces musicales d’une manière qui ne le laisse pas indifférent. Au travers de débats sur la musique contemporaine, de crises de page blanche, d’une cuite désespérée et de remises en question hebdomadaires, Émile réussira-t-il à conquérir le cœur de sa nouvelle flamme ?
Si le paragraphe précédent ressemble à un résumé de film comme on peut en lire dans les télé-horaires, c’est justement parce que l’histoire du Point B fait un peu beaucoup penser à une comédie sentimentale dans laquelle on aurait pas l’occasion de rire trop souvent. Même si certaines parties du récit (en fait, pas mal toutes les fois où les protagonistes parlent de musique ou de création) sont plus intéressantes, bien qu’elles donnent plus l’impression d’être un exposé critique qu’une vraie discussion, il n’y a pas d’excès d’originalité et le tout devient même un peu prévisible.
Côté dessin, Zviane a commencé à dessiner en reproduisant des dessins de Sailormoon et l’influence manga se fait sentir tout au long du récit. L’expressivité des personnages est assez peu nuancée, les coupes de cheveux des personnages font un peu « personnages de Final Fantasy », les décors sont dépouillés et on ne se casse pas la tête à comprendre ce qui se passe. Le style manga a ses avantages, puisque la constance des dessins est appréciable, mais la créativité est entamée par ce choix esthétique. Étonnamment, la planche qui m’a le plus plu dans cette BD est une séquence où Émile se saoûle la gueule. À cet endroit, le rendu est moins précis, fait de traits cassés et nerveux, les perspectives sont chamboulées et le lettrage est névrosé. Cette page est très réussie et j’ai presque regretté le retour du style contrôlé à la page suivante.
Je suis peut-être un peu dur avec une bédéiste qui en est à ses premières armes. On trouve quand même de bonnes qualités dans cette œuvre : une écriture qui n’essaie pas d’en faire trop, une composition graphique réussie tout en étant plutôt conventionnelle, quelques bons moments de métaphores visuelles et une réflexion sur la musique qui n’est pas superflue, bien au contraire. Malgré tout, l’œuvre a ses défauts : un personnage principal qui passe trop de temps à s’apitoyer sur son sort pour qu’on lui soit sympathique, un traitement visuel assez peu inventif qui n’est pas suffisamment exploité et un récit standard qui ne surprend pas vraiment. En définitive, il faut reconnaître que Zviane en est à ses débuts et qu’elle aura le temps d’apprendre et de cultiver son 9e art, mais Le point B ne reste que légèrement plus intéressant qu’un petit récit cute, sans plus.










