Zodiac

David Fincher se calme les nerfs

Le réalisateur tape-à-l’oeil nous offre un film posé, mais d’une redoutable efficacité, en rupture avec le style lourd et tonitruant qu’on lui connaît (et ça fait du bien).

Un film de David Fincher, avec Jake Gyllenhaal, Robert Downey Jr., Mark Ruffalo, Anthony Edwards et Chloë Sevigny. États-Unis, 2007, 158 min. (« Le Zodiaque » en version française)

Le réalisateur tape-à-l’oeil nous offre un film posé, mais d’une redoutable efficacité, en rupture avec le style lourd et tonitruant qu’on lui connaît. Et ça fait du bien.

Zodiac dissèque les évènements qui sont survenus à la fin des années 60 entourant les crimes commis par le tueur qui se nommera lui-même le Zodiaque. Robert Downey Jr. (Chaplin) est un journaliste hargneux au San Francisco Chronicles, qui couvre les événements avec passion et Jake Gyllenhaal (The Day After Tomorrow) est le caricaturiste du même journal qui se découvre une obsession compulsive pour le tueur. Pendant que le Zodiaque envoie des lettres aux journaux et se fait interviewer en direct à une émission de télé matinale (à la « Deux filles le matin », mais en plus sordide), les inspecteurs de police, interprétés par Mark Ruffalo (13 Going On 30) et Anthony Edwards (E.R.), mènent l’enquête avec ferveur, mais sans grand succès.

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Robert Downey Jr. et Jake Gyllenhaal

On le sait au départ, puisque la trame du film est basée sur des faits réels et vérifiables, l’enquête sur les meurtres du Zodiaque n’a jamais été résolue et le tueur n’a jamais été attrapé. On pourrait ainsi croire que le film se termine en coït interrompu, mais ce n’est pas le cas. L’intrigue est si bien ficelée et les circonstances racontées avec une telle précision chirurgicale que le récit nous transporte, malgré la conclusion inconclusive. La narration saute d’un évènement important de l’enquête, que ce soit du côté des journalistes ou des policiers, au suivant, selon la chronicité et sans jamais tomber dans le mélodrame des vies de famille. On effleure à peine les vies personnelles des protagonistes et c’est tant mieux, puisque le sujet n’est pas la triste existence d’un journaliste alcoolique ou d’un caricaturiste un peu demeuré, mais bien le Zodiaque, ou du moins l’enquête pour l’attraper. Les scènes de crime sont reconstituées fidèlement d’après les témoignages ou les indices trouvés et on utilise à chaque fois un acteur différent pour interpréter le tueur, selon la description qui en a été rapportée.

La réalisation de Fincher est, pour une fois, épurée, mais le rythme de sa caméra demeure contrôlé et méthodique. Les plans-séquences assommants de Panic Room ont laissé place à de longs plans fixes et le réalisateur tente de nous méduser par l’intensité de son intrigue plutôt que par des artifices tapageurs. Il est vrai que le scénario de Zodiac (par James Vanderbilt, d’après le livre de Robert Graysmith, le caricaturiste joué par Gyllenhaal) est d’une rare densité et la somme de détails qui y sont présentés demande une attention soutenue. Il n’y avait dès lors plus aucune nécessité à nous impressionner par des moyens techniques artificiels. Quelques séquences portent néanmoins la signature distincte de Fincher, mais c’est toujours avec subtilité et elles se fondent parfaitement dans l’ensemble. La teinte jaunâtre de l’image nous donne une impression de demi-sépia terne et nous projette avec conviction dans le San Francisco des années 70.

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Anthony Edwards et Mark Ruffalo

Robert Downey Jr., Jake Gyllenhaal et Mark Ruffalo incarnent tous avec finesse trois hommes obsédés par la recherche du tueur, mais qui n’arrivent à rien de concret. L’obsession et le poids de l’échec prennent des visages différents pour chaque comédien et ils nous servent chacun de solides interprétations. Il faut admettre que les méthodes de Fincher, qui peut reprendre jusqu’à 70 fois la même prise, bien qu’elles ne plaisent pas à tous les acteurs, permettent du moins à ses mêmes acteurs de se présenter au meilleur de leur forme.

Zodiac est finalement le parfait film policier. C’est un procedural complexe et détaillé qui n’utilise aucun subterfuge malhonnête pour provoquer des réactions et c’est un récit dense comme l’est sans doute une véritable enquête de police. David Fincher y sait nous désarçonner au moins autant que dans Fight Club, mais en utilisant que les plus strictes techniques de cinéma. Sa maîtrise de la grammaire filmique est désormais complète et mature.

lundi 23 avril 2007, par Charles-Louis Thibault

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