N’ayant pas pris les rennes de la réalisation depuis dix ans, Francis Ford Coppola amorce la nouvelle année avec son dernier long métrage Youth Without Youth. Une œuvre réussie qui démontre toute la maîtrise du cinéaste, même à l’aube de ses 70 ans.
Installé en Roumanie à l’aube de la Deuxième Guerre mondiale, le septuagénaire Dominic Matté (Tim Roth) rédige l’œuvre de sa vie. Il angoisse profondément de ne pas réussir à terminer cette tâche. Cette anxiété provient de son choix de ne pas poursuivre son amour pour Veronica (Alexandra Maria Lara), une idylle de jeunesse. Pourtant, un événement aussi spectaculaire que fantastique change complètement le cours du récit puisqu’en marchant bêtement dans la rue, Dominic se fait frapper par la foudre. En plus de rajeunir de 40 ans, ses facultés cognitives et sensorielles se trouvent décuplées et le personnage s’enfuit de sa ville natale, pour éviter une collaboration forcée avec le Reich. Après les tourments de la guerre, Matté fait la rencontre de Laura, le double de son amie de coeur perdue depuis longtemps. S’amorce ici, une histoire d’amour troublante qui impose un va-et-vient constant entre la réalité et la métaphysique, et dont le dénouement ajoute une autre couche de perplexité.

Entièrement écrit, réalisé et financé par le réalisateur de The Godfather, Youth Without Youth porte la marque d’un cinéaste intègre. Tout comme Don Corleone ou le colonel Kurtz d’Apocalypse Now, Coppola centre son dernier film autour d’un personnage complexe. L’acteur Tim Roth campe un super héros scientifique septuagénaire de façon admirable, tout comme sa contrepartie féminine, Alexandra Maria Lara, qui semble en proie à d’étranges transes régressives. Coppola stylise la composition des ses plans pour appuyer le clivage de la double personnalité de Dominic Matté, en plus de jeter une ombre sur le mal incompréhensible qui afflige sa bien-aimée. L’utilisation de fondus visuels très artificiels traduit encore une fois le savoir-faire du cinéaste parce qu’ils s’intègrent parfaitement dans un récit pour le moins éclectique.

L’histoire du film est tirée d’un roman du même nom, écrit par le penseur et théoricien des religions Mircea Eliade. Seul bémol de la production, puisqu’en flirtant entre le mysticisme et le paranormal, l’intrigue n’a pas de finalité précise. L’imposition d’une scène finale qui relève presque du réveil d’un cauchemar va tout même dans une unicité des problèmes de métaphysiques et de temporalités que le personnage étudie. Sans être un film d’artiste dans le sens le plus fermé du terme, nous ne pouvons facilement le catégoriser en tant que produit commercial. Si une comparaison doit être faite, ce n’est pas tant dans le corpus même de Coppola que je me tenterais, mais bien dans celui de Kubrick avec 2001 : Odyssée de l’espace tellement la perception des deux œuvres reste évanescente, à la limite de l’insaisissable. À mon avis, c’est grâce à cette ouverture de la signification que l’on reconnaît tout le talent de ce mythique réalisateur américain.
Youth Without Youth de Coppola semble être un grand cru (entièrement financé d’ailleurs par les vignobles du réalisateur). Une création non pas difficile d’accès, mais d’où le sens s’échappe à tout moment. L’attente valait le coup.











