Young People F***ing

Non au projet de loi C-10, à bas la censure !

Un mélange libidineux qui ne manque pas de lubrifiant.

Écrit et Réalisé par Martin Gero avec Callum Blue, Aaron Abrams, Diora Baird, Sonja Bennett, Kristin Booth, Josh Cooke, Ennis Esmer, Josh Dean, Carly Pope, Peter Oldring et Nathalie Lisinka, Canada, 2007, 90 min.
Jeunes adultes qui baisent en version francophone

Après un accueil chaleureux au dernier festival de Toronto, et une sortie retardée par les déboires financiers de Christal Films, Young People Fucking du canadien Martin Gero arrive sur nos écrans. À la veille d’une nouvelle loi fédérale qui ouvrirait la porte à la censure cinématographique, Gero propose une comédie indécente, mais très divertissante.

Le film de Martin Gero entrelace cinq histoires, variant sur le thème du sexe. La première expose deux amis de longue date avec une carence physique intense : lui veut oublier son ex et elle veut relâcher la pression pour ne pas tomber sur un autre idiot suite à ce manque. Il y a aussi le jeune couple nageant dans le non-dit et l’incompréhension de l’autre. Ajoutons à cela, les deux ex qui se revoient. L’un et l’autre tiennent toujours un amour refoulé, mais leurs ego respectifs les empêchent d’exprimer leurs sentiments réciproques. Un autre couple décide de repousser les limites de la colocation en organisant un trip à trois. Et la dernière vignette dépeint une histoire avec le « player » et de la conquête de la naïve à « grosses boules ». L’enchevêtrement s’enroule autour d’une structure narrative en 6 parties accompagnées d’intertitres, avec un commencement « foreplay » et une fin avec l’orgasme et l’ « afterglow ».

Avec ses 11 acteurs, ses 5 endroits de tournage et ses dialogues extrêmement bien écrits, Young People Fucking de Marin Gero démontre qu’avec peu, on peut faire beaucoup. Sa principale force réside indéniablement dans l’écriture du scénario qui rythme le film dans une suite logique, mais toujours fluide et convaincante. Les différentes tribulations qui sont mises de l’avant, arbore un peu plus qu’il n’y paraît, et les divers penchants adoptés par les scénaristes déclenchent des éclats de rire et des répliques hilarantes (voir mon PS pour celle que je considère la meilleure). Cela dit, le scénario ne serait pas grand-chose sans la distribution très bien choisie de cette production. Chaque acteur se démarque dans son rôle, et même si quelques personnages sont quelque peu caricaturaux, on peut se demander comment les dépeindre autrement, surtout dans le genre de la comédie. Personnellement, ma vignette préférée reste celle du « player ». Callum Blue, avec son accent british, son allure de faux poète et son assurance fabriquée à l’aide d’un magazine de mode, trébuche dans le tapis tellement de fois que l’on pourrait prendre pitié de lui. Les autres récits donnent une dimension plus étendue au film, en continuant d’étaler nos rapports ambigus avec le sexe sous différentes formes.

Cependant, le ton ludique de la production ne propose rien de nouveau dans la comédie et devient beaucoup plus un exercice de style qu’un réel questionnement sur la sexualité. On en vient à se demander si le film expose une réalité plus ou moins concrète ou nous impose des impératifs, à la limite du cliché, sur les relations sexuelles. Pour ma part, je crois que cette production reste seulement un divertissement, une bonne comédie, arborant le thème du sexe. Rien de plus. En fait, la seule critique négative dont je peux me réclamer est le look « Degrassi » dans lequel le film baigne. C’est-à-dire que même si le sujet repose sur un tabou, le réalisateur est très « safe », au contraire d’explicite ou osé, dans le choix des situations et des dialogues, et certaines comédies de Judd Apatow et Kevin Smith sont plus vulgaires. Néanmoins, le résultat final demeure intéressant et très divertissant avec ses interprétations justes et ses échanges affûtés.

Martin Gero mélange sexe et comédie avec sa première réalisation Young People Fucking. Sans éclaboussure, mais avec aplomb, on peut penser que cette production s’affirme comme le petit frère Samantha dans Sex in the City.

mercredi 11 juin 2008, par François Petitclerc

P.-S.

Dans le segment des meilleurs amis, les deux se connaissent tellement qu’elle lui reprochent de lui avoir mangé le cul seulement parce qu’elle lui avait fait une pipe et qu’il avait trouvé la situation bizarre. Et lui répond : « Nobody eats an ass out of obligation ! ».


Créé, géré, édité et bidouillé par David Lamarre. Tous droits réservés (2008)