C’est grâce à un important travail archivistique (et archéologique !) que Jimmy Beaulieu est parvenu à compiler plus d’une centaine de strips issus de la plume d’Albert Chartier, un des plus prolifiques et importants bédéistes de l’histoire du Québec.

Sous diverses formes et différents aspects, les multiples séries, souvent muettes, se caractérisent par un humour taquin, un style visuel dynamique et des préoccupations d’actualité qui sont parfois révélatrices de l’époque de production des strips (les années folles du Québec). Il devient évident à la lecture du recueil que certains des gags ont été repris sous une forme légèrement différente d’une série à l’autre, mais malgré ces répétitions, on découvre comment le style de Chartier a subtilement évolué de fois en fois. Aussi, certains gags sont déployés en une large case, puis en quatre ou en six cases, avec des effets différents de fois en fois.

Tous les gags ne sont pas hilarants, certains ne consistent qu’en une légère variation d’un gag visuel très slapstick des plus convenus, mais l’intérêt de la lecture de Une piquante petite brunette tient surtout dans le trait limpide, dégourdi et gracieux de Chartier. Que certaines des blagues fassent sourciller en raison du sexisme flagrant qui en forme la base humoristique est assez frappant, et il est évident que ces blagues seraient dénoncées haut et fort si elles étaient publiées à notre époque. Aussi, certains des gags ne tiennent pas compte des caractéristiques du personnage principal (une jeune femme frêle, séductrice et préoccupée par son apparence au plus haut point), et on aurait tout aussi bien pu mettre Calvin, Charlie Brown, Mafalda ou Dilbert dans de mêmes situations.
Encore une fois, malgré ces bémols, cette anthologie de l’œuvre de Chartier se révèle très intéressante pour les amateurs de bande dessinée, en vertu de la grande qualité du dessin de Chartier et des réitérations de gags qui, dans leurs variations, se révèlent d’un grand intérêt dans l’étude de la composition de blagues en bande dessinée. De plus, l’introduction écrite par Jimmy Beaulieu, ainsi que des extraits de correspondance reproduits dans les premières pages du recueil, lèvent le voile sur la production de comic strips de cette époque et sur un épisode moins connu de la carrière de cet important auteur qu’est Albert Chartier. Sans présenter du matériel tout à fait innovateur, ce recueil de strips jusqu’alors presque inconnu est fort intéressant, et mérite une bonne lecture.











