Un été sans point ni coup sûr

C.R.A.Z.Y. pour les hétéros

Le troisième long-métrage de Francis Leclerc confirme les talents du jeune réalisateur pour la caméra, mais ne convainc pas pour autant.

Un film de Francis Leclerc, avec Pier Luc Funk, Patrice Robitaille, Jacinthe Lagüe, Roy Dupuis, Peter Batakliev, Frédérique Dufort, Phillip Jarrett, Guy-Daniel Tremblay et Guy Thauvette. Québec, 2008, 104 min. ("A No-Hit No-Run Summer" en version anglaise)

L’année 1969 en est une de changement, avec le premier homme à marcher sur la lune et la saison inaugurale des Expos de Montréal. Pendant l’été, le jeune Martin ne désire qu’une chose ; jouer au baseball. Mais lorsque lui et ses amis ne sont pas sélectionnés par l’entraîneur rétif de la paroisse, les garçons doivent se rabattre sur l’équipe "B" que le père de Martin met sur pied pour faire plaisir à son fils. Ils n’auront alors plus qu’un seul objectif ; affronter la formation officielle qui les a laissés pour contre.

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Martin (Pier Luc Funk)

Le troisième long-métrage de Francis Leclerc (Mémoire affective) confirme les talents du jeune réalisateur pour la caméra, mais ne convainc pas pour autant. À travers une réalisation appliquée, mais embuée d’un classicisme lourdaud, l’intrigue prend trop son temps à se dévoiler, à tel point qu’on garde l’impression d’avoir passé l’été au complet dans la salle de cinéma à regarder des jeunes jouer au baseball.

Un été sans point ni coup sûr baigne dans une nostalgie de p’tit gars et se noie dans une marée de bons sentiments passéistes. Les touches de mélancolie sont tellement appuyées (avec une voix off à la naïveté forcée, des images sépia tournées en 8mm et des chansons pop de l’époque) qu’on finit par se sentir prisonnier d’une soirée de diapositives chez sa grand-tante qui radote ses vieilles histoires sur Expo’ 67 jusqu’à plus soif. Parfois on esquisse un sourire amusé, mais, plus souvent, on rêve d’être ailleurs.

L’intrigue, trop banale pour passionner et le scénario, trop insistant pour éblouir, effleurent sans subtilité quelques trames secondaires, comme l’émancipation féminine et la modernité. Mais le réalisateur ne se rend jamais très loin sur ces pistes boueuses, ce qui donne l’impression que ces capsules historiographiques ne font office que de parenthèses peu utiles et sans profondeur dans son récit déjà longuet.

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Charles (Patrice Robitaille) et Gilbert Turcotte (Roy Dupuis)

Si les prestations de Roy Dupuis, Patrice Robitaille et Pier Luc Funk sont honorables, il n’en va pas de même pour certains acteurs de soutien. Le ton trop académique de plusieurs comédiens semble sortir d’une version « stand à patate frite » du Déclin de l’empire américain et écorche l’oreille à travers les autres performances plus naturalistes. La mère de Martin, Jacinthe Lagüe, détonne particulièrement avec son interprétation emphatique et ses échanges avec le toujours désinvolte Patrice Robitaille sonnent invariablement faux.

Leclerc, en essayant de produire un C.R.A.Z.Y. pour les hétéros, frappe une fausse balle et accouche d’un sous-Forrest Gump de ville d’Anjou ; moins idiot, mais sans envergure.

samedi 2 août 2008, par Charles-Louis Thibault

P.-S.

Notons toutefois l’ingénieux et amusant court-métrage Caporal Crevette de Christian Laurence qui précède le film principal et qui construit une histoire étonnamment soutenue autour d’un personnage secondaire interprété avec vigueur par le jeune Jean-Carl Boucher.

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