Un technicien informatique de 41 ans, Andy Wicks, a presque tout essayé pour se débarrasser de sa sale habitude de fumer la cigarette. À l’insistance de sa femme, il va essayer une option légèrement ésotérique : l’hypnose. Même si, de son propre aveu, il serait un peu satisfait de prouver à sa femme que cette méthode ne fonctionne pas, il se prête au jeu. Les choses prennent une drôle de tournure quand Andy se retrouve dans le corps du jeune homme de 15 ans qu’il a été, à une semaine du jour où il a fumé sa première cigarette.
À partir de ce moment, le récit reprend les éléments de ce type de récit rétrospectif qu’on a tous vus plusieurs fois : la tentative de se montrer plus tolérant envers les jeunes rejets de son école, la réalisation qu’il peut enfin oser aborder la jeune adolescente sur laquelle il a fantasmé pendant des mois, un certain laisser-aller dans son comportement qui va de pair avec l’idée que de toute manière, il va quitter ce passé parallèle dans quelques jours… Rien de bien nouveau à ce chapitre, donc.

Si Robinson ne commet rien de fabuleux dans le contenu, il se montre plutôt doué au niveau de la forme : les dialogues humoristiques et très incisifs ont pourtant un ton familier qui fonctionnent très bien, le dessin fluide articule parfaitement les actions du récit et la mise en page est très bien gérée. Le personnage principal oscille bien entre une certaine révision morale de ses agissements de jeunesse et une révolte adolescente avec laquelle il renoue difficilement, et les personnages secondaires sont crédibles même s’ils ne prennent pas une place importante dans le récit.
Quelques moments forts permettent de faire de Too Cool to Be Forgotten un roman graphique qui mérite mieux que la note de passage. La scène de la fête où Andy devrait fumer sa première cigarette est tellement réussie qu’on a l’impression d’assister à un de nos partys de jeunesse, la rencontre finale entre Andy et son père est émouvante et les monologues intérieurs du personnage principal sont savoureux. Vers la fin du récit, deux pages magistrales présentent des portraits de Andy et de son père qui sont constitués de plusieurs images disparates qui collaborent à esquisser les contours du visage des protagonistes.

Étonnamment, l’aspect le plus intéressant de cette œuvre en est la couverture, ou plutôt « l’emballage ». D’après un design graphique de Matt Kindt, la BD prend la forme rectangulaire d’un paquet de cigarettes de la marque américaine Kool, poussant même le réalisme jusqu’à reproduire des ridules d’un paquet souple qui a été un peu écrasé. Ce concept original est un petit trait de génie qui nous rappelle que Kindt (l’auteur de Super Spy, un must pour les amateurs de récit d’espionnage) est un innovateur à surveiller.
Too Cool To Be Forgotten,
Un roman graphique de 126 pages de Alex Robinson
Éditions Top Shelf











