Terry Gilliam s’est senti obligé de se justifier au début de son film. Est-ce bon signe ? Ça dépend... Il faut aimer l’univers du créateur de Fear and Loathing in Las Vegas, Twelve Monkeys et Brazil pour apprécier cette oeuvre. Sinon, on n’y comprendra absolument rien. Mais au fait, y a-t-il quelque chose à comprendre ?

C’est une histoire. Tout simplement. En fait, c’est un hommage à la sagesse et à l’imaginaire des enfants. Je le sais par expérience, les enfants sont souvent plus matures et intelligents que nous, adultes. Quand Jeliza-Rose (interprétée par la petite Jodelle Ferland, 12 ans et déjà plus de trente films à son actif) s’enfuit avec son rock-star toxicomane de père (interprété par un Jeff Bridges habitué à marmonner de façon incompréhensible), suite à la mort de sa mère, pour aller rejoindre la maison ancestrale dans les Prairies canadiennes, elle se rendra vite à l’évidence qu’elle ne doit compter que sur elle-même pour survivre.

Privée d’autorité parentale, elle se créera son univers qui lui permettra de ne pas sombrer dans la folie. Ou en fait d’y plonger tête première sans toutefois en subir de séquelles. Car c’est la force des enfants : tout est normal, tout se peut. L’absence de censure et de comparaison sociale leur permet de rester au meilleur de leur capacité mentale. Remarquez, les névroses et les troubles psychologiques attendent peut-être au détour... Elle n’est pas seule, quand même, elle s’est liée d’amitié avec quatre têtes de poupée à qui elle parle, demande conseil et qui évidemment lui répondent. Hum...

Jodelle Ferland a le film en entier sur ses épaules. Tideland est son film. Évidemment, elle est aidée de Janet McTeer et Brendan Fletcher qui alimentent son personnage en situations inconcevables et bizarroïdes, mais bon, c’est un film de Terry Gilliam, ne l’oubliez surtout pas ! Vous êtes avertis. Et c’est sa force ! Gilliam est un enfant dans un corps de vieux fou ! Il est imprévisible et il possède lui aussi un imaginaire sans borne.
La version DVD de 2 disques offre d’ailleurs un court métrage sur le réalisateur, filmé pendant le tournage, qui nous aidera à comprendre ce qui se passe dans la tête de celui-ci. Quelques entrevues sont aussi proposées. Personnellement, toutefois, j’aurais apprécié y voir la vraie fin du film (qui n’existe d’ailleurs peut-être pas, il faudra que je me renseigne). Je trouve la conclusion du film banale, politiquement correcte et probablement trop axée sur l’opinion publique. Dommage...
Laissez-vous quand même bercer par cette historie rocambolesque et naïve, franchissez la barrière rationnelle de votre esprit et plongez dans l’univers anté-cartésien de Tideland.












