The X-Files : I Want to Believe

J’aimerais y croire...

Le retour de Mulder et Scully aurait pu se faire sans Mulder et Scully. À trop évacuer le paranormal de son intrigue, Chris Carter accouche d’un film immensément « normal » qui ne tient de The X-Files que son surtitre.

Un film de Chris Carter, avec David Duchovny, Gillian Anderson, Amanda Peet, Billy Connolly et Alvin "Xzibit" Joiner. États-Unis, 2008, 108 min. (« X-Files : Je veux y croire » en version française)

Fox Mulder et Dana Scully reprennent du service lorsqu’une agente du FBI est enlevée et que les seuls indices qui mèneraient à sa découverte sortent de la bouche d’un ancien prêtre pédophile qui affirme recevoir des visions de Dieu. Scully, qui travaille maintenant dans un hôpital catholique ne se réjouit pas trop à l’idée de retomber dans le monde sombre des X-Files, mais Mulder, qui joue à l’ermite depuis la fermeture de son département il y a six ans, retrouve un sens à sa vie avec cette enquête. Les deux agents devront faire face tant à leurs démons qu’à leur foi s’ils veulent sortir indemnes de ce triste épisode.

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Dakota Whitney (Amanda Peet), Fox Mulder (David Duchovny) et Mosley Drummy (Alvin “Xzibit” Joiner)

Toute la thématique de The X-Files : I Want to Believe se trouve dans son titre ; au-delà d’un besoin primaire de croire, le scénario de Chris Carter et Frank Spotnitz n’explore rien du tout. Le résultat final s’apparente à un drame policier très quelconque et sans saveur, un épisode perdu qu’on a gonflé en film pour des raisons obscures. Carter définit ses personnages avec la richesse d’une note sur un post-it. Scully se rattache obstinément, comme au tout début de la série télé en 1993, à un raisonnement scientifique inébranlable, tout en se vautrant dans un mysticisme catho inexplicable. Mulder lui, en parfait sceptique, s’agrippe à toute théorie qui sort de l’ordinaire, moins par conviction profonde que par esprit de contradiction. On ne va jamais plus loin que ça et le thème nous est rabattu toutes les cinq minutes à travers de longs discours prétentieux qui érodent notre indulgence. La dynamique des deux personnages mythiques avait réussi à évoluer de façon surprenante au cours des 9 saisons à l’antenne de FOX, mais Carter les fait ici régresser au stade de simples et désolants archétypes.

À travers des dialogues pâteux et des échanges ridiculement dramatisés, mais auxquels on ne comprend rien, l’intrigue suit son cours, d’elle-même, pour achever sa course dans un mur de brique narratif. Le climax décevant, qui, notons-le tout de même, rappelle l’ambiance glauque des premiers épisodes, évacue de l’histoire presque toute forme de paranormal, ce qui formait la prémisse et l’intérêt principal de la série. David Duchovny et Gillian Anderson reprennent les rôles qui les ont rendus célèbres comme on retrouve de vieilles pantoufles trouées sous son lit après l’été. S’ils maîtrisent chaque tic et mouvement avec assurance, ils en ressortent néanmoins apathiques et désincarnés. On prétextera que six ans se sont écoulés depuis la fin de la série et qu’ils ne sont plus au même endroit, n’ont plus la même énergie, bla-bla-bla, mais à quoi bon nous les faire retrouver, s’ils ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes ?

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Dana Scully (Gillian Anderson)

Carter avait voulu, de son propre aveu, se distancer de tout son arc mythologique conspirationniste d’invasion extra-terrestre et, se faisant, rate magistralement son coup. Le premier long métrage, The X-Files : Fight the Future, malgré l’hermétisme de son intrigue pour les non-initiés, ne manquait pas d’audace et repoussait les limites établies pour se constituer en film authentique et légitime. Avec I Want to Believe, on est loin du compte. Ce qui en ressort n’est rien de plus qu’un trop long épisode oublié qui ne retient presque rien de l’esprit de la série et qui se noie dans la masse des thrillers policiers sans envergure qui nous sont servis régulièrement par Hollywood.

samedi 26 juillet 2008, par Charles-Louis Thibault

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