Quand vous mélangez nostalgie, marijuana et hip-hop, vous obtenez le deuxième film de Jonathan Levine, au titre un peu loufoque, The Wackness. Sans être parfait, certains auront l’impression de revivre la tranquillité du milieu des années 90.

Luke est un petit revendeur de drogue demeurant à New York. À la veille de sa graduation, son psychologue, Dr Jeffrey Squires, dont il paye ses consultations avec du cannabis, lui fait remarquer qu’il ne semble pas très enthousiaste à ce qui sera le plus beau jour de sa très jeune existence. Or, Luke n’est pas très populaire à l’école. Laissé dans sa bulle, celui-ci écoute à fond de train les débuts très prometteurs de rappeur new-yorkais. Son père et sa mère, aux prises avec des difficultés financières, lui annoncent qu’ils devront probablement déménager. Luke tente de sauver le nid familial en travaillant d’arrache-pied pendant l’été torride et humide de 1994. Aussi, sur les conseils de son psychologue, il essaie de socialiser avec l’autre sexe. Cependant, quand Luke jette son dévolu sur Stéphanie, la belle-fille de Jeffrey, celui-ci change un peu son discours. Les deux hommes devront s’entraider pour résoudre leurs problèmes avant la rentrée scolaire de Luke.

Deuxième film très prometteur pour le cinéaste Jonathan Levine qui signe aussi le scénario de cette comédie romantique très peu prétentieuse. Les protagonistes ne sont jamais grossiers et ne sentent jamais le réchauffé. Il faut dire que Sir Ben Kingsley renvoie un personnage tout à fait hors de l’ordinaire et très saugrenu qui démontre toute l’étendue de son talent. Jamais caricatural, mais sans cesse dysfonctionnel, celui-ci chausse à merveille un psychologue usé, hédoniste et quelque peu suicidaire. Aussi, Josh Peck, dans le rôle de Luke, s’éloigne des perdants traditionnels qui doivent s’affranchir de leurs étiquettes. Reflétant toujours un inconfort qui s’agence avec son teint un peu cadavérique, son personnage n’avance pas non plus dans le « stoner » érudit, cynique ou complètement fini. Il s’intègre parfaitement dans l’ambiance adoucie d’une époque qui semble au ralenti. Levine n’engage pas de montage rapide, et privilégie une narration lente qui laisse toute la place aux acteurs. Toute cette production répond donc à cet impératif de lenteur, tout en dédramatisant le processus parfois douloureux de l’échec et de l’incapacité d’agir. Pourtant, on y ressent une atmosphère très particulière qui donne un style très plaisant au visionnement.

Le principal défaut de The Wackness réside dans son dosage. Le réalisateur met beaucoup d’emphase sur le lieu et le temps au début du film, avec une affiche de Forrest Gump, un nintendo, un game boy, un graffiti de Kurt Kobain, etc. Cependant, les références ne sont jamais exploitées dans le récit et ne font office, finalement, que de décors et accessoires. Aussi, et certains républicains diront de même, les attaques sur l’ancien maire de New York Rudy Giuliani se multiplient et peuvent au final taper sur les nerfs. Une seule fois aurait suffit. Il y a également le très discutable choix de Method Man dans le rôle du jamaïcain parrain de la drogue. Deux choix s’offre à nous, rire de son accent pitoyable, ou envoyer une lettre à la maison de production pour exiger de retourner les deux petites scènes dans lequel il prend part. On ne peut que se réjouir de la petitesse de son rôle dans un film qui n’avait aucunement besoin de lui.

Cette production, techniquement le deuxième long métrage de Levine, mais commercialement le premier puisque son premier film n’a pas bénéficié d’une exposition très large*, peut provoquer une certaine nostalgie d’une époque très « mellow », où le rythme de la vie ne s’embourbait pas dans les détails. À voir sans être pressé.











