Deuxième réalisation de l’acteur-réalisateur Thomas McCarthy, The Visitor prouve que la simplicité peut remplir de grandes promesses. Un film sans envergure, sans artifice et surtout sans faute.
Walter Vale est un veuf se remettant tant bien que mal de la mort de sa femme pianiste. Son travail à l’Université du Connecticut ne le satisfait plus outre mesure, et la monotonie quotidienne l’engouffre dans un cercle vicieux, dont il tente de s’échapper en apprenant le piano. Exacerbé, usé, il se voit contraint d’aller donner une conférence à New York sur un article à paraître pour le compte de l’université. Cependant en arrivant à son appartement new-yorkais, qu’il visite très peu, il tombe sur deux immigrants clandestins. Or, Walter offre quand même le logis à l’aimable Tarek et sa copine, un peu méfiante, Zainab. Pendant cette semaine de conférence, Tarek et Walter apprendront à se connaître davantage, mais un contrôle bénin dans le métro mettra le sort de Tarek entre les mains du gouvernement américain.

D’emblée, ce qui impressionne avec The Visitor est le choix du style épuré, engagé par le réalisateur. Ce style laisse vraiment toute la place au récit et aux acteurs qui le suivent. Car si le visuel ne choque pas, il réussit tout de même à exposer de façon sublime une histoire très singulière, mais aussi sensible, sans tomber dans la facilité. Ainsi, la désolation du professeur n’a besoin que de très peu de mots et sa renaissance ne sent jamais le réchauffé ou la fausse modestie, et ne tombe surtout pas dans un combat d’un homme contre Goliath (le gouvernement américain). Il faut dire que la performance de Richard Jenkins, dans un premier rôle après des années passées dans la seconde rangée, est tout simplement brillante. Toujours très juste, il n’en donne jamais trop, tout en exposant bien toute la cachotterie dans laquelle le personnage se vautre.

Avec un style aussi minimal, Thomas McCarthy a quand même écrit un scénario assez solide pour porter une réflexion sur l’Amérique post onze septembre. Car si les règles territoriales ont été changées pour longtemps, il n’en reste pas moins que ceux qui les subissent sont et seront traités comme du bétail par des compagnies de sous-traitance du gouvernement. Contraste très prononcé à l’histoire remplie d’humanité du protagoniste principal. On peut dire que la simplicité peut facilement devenir l’arme la plus puissante pour changer les perceptions puisque le film de McCarthy frappe et expose au ralenti le manque de démarcation entre le noir et le blanc qu’est devenue la réalité de l’immigration américaine. Bref, la pertinence du propos et la fluidité du récit en font un film pratiquement sans faute.
C’est avec son manque d’artifice, son scénario très personnel et la performance de Jenkins que The Visitor plaira ou ne plaira pas au public. Personnellement, faute de faire de l’argent (en fin de semaine, il commence à affronter les mégaproductions d’étés d’Hollywood) je souhaite au film une bonne carrière dans les festivals.











