The Three Paradoxes

La vie est un amas d’histoires

Le récit d’une soirée et d’une matinée où un bédéiste prénommé Paul s’esquinte sur sa planche de travail.

Il serait tentant de comparer Paul Hornschemeier à des grands noms de la BD américaine pour vous donner un apercu de son oeuvre publiée cette année par Fantagraphics. Il est presque impossible de ne pas discerner les influences cumulatives de Dan Clowes, Adrian Tomine et Chris Ware pour définir le style graphique, la plume et la conceptualisation de The three paradoxes (dans la mesure où on est familier avec ces artistes).

Par contre, bien que cette oeuvre se situe à l’intersection des préoccupations esthétiques des trois bédéistes mentionnés, Hornschemeier a su développer sa voie artistique propre et très singulière.

The three paradoxes est, en gros, le récit d’une soirée et d’une matinée où un bédéiste prénommé Paul s’esquinte sur sa planche de travail, discute avec son père, revisite un souvenir d’enfance peu glorieux et s’invente des histoires. Le récit principal de Paul est entrecoupé par des méta-récits dessinés dans des styles graphiques distincts quoique rapprochés et des changements brusques d’écriture, qui s’interpénètrent et se complètent dans un tout organique somptueux.

Il est difficile de ne pas penser à Tomine lorsque le dessin de Hornschemeier se fait plus pointillieux et stagnant et ne ne pas penser à Clowes lorsque, pendant le récit "the scar", l’esthétique de l’ensemble rappelle le comics des années 60. La mise en page minutieuse et structurée peut également rappeler Clowes et Tomine, mais n’est pas suffisamment éclatée pour évoquer Ware. Le style d’écriture, qui oscille entre le pathétique, le dialogue brut et le cynisme tranchant, rappelle aussi bien Clowes que Ware ou Tomine.

Un tel foisonnement de styles et de contrastes pourrait sembler déroutant à première venue, mais l’auteur enchaîne remarquablement bien les divers récits contenus dans seulement 80 pages. Malgré l’apparente simplicité de chacun de ces épisodes, les réflexions et les rapports établis entre ces épisodes engendrent un processus de lecture complexe qui donne envie de revisiter l’oeuvre afin d’en envisager les différents parcours et aboutissants.

Il ne faudrait pas aller chercher un succédané à Tomine, Clowes ou Ware dans l’oeuvre de Hornschemeier. Considérés dans leurs qualités individuelles, chacun de ces bédéistes excellent à un tel point qu’un novice qui voudrait marcher dans leurs pas ne pourrait qu’accoucher d’un sous-produit qui ferait piètre figure lorsque comparé à leurs sources d’inspiration. Cependant, c’est parce que Hornschemeier oscille entre les qualités des artistes qui l’ont inspiré qu’il a pu créer une oeuvre intriguante et complexe, et qui passe pour un hommage plutôt que pour une pâle copie de ses prédécesseurs.

En somme, une excellente lecture, recommandée aux néophytes de la BD curieux de découvrir les possibilités de ce médium mais prêts à faire une lecture attentive, aussi bien qu’aux connaisseurs qui découvriront un artiste pratiquement déjà établi mais que l’on pourrait tout de même ranger dans la catégorie de "très prometteur".

The Three Paradoxes

De Paul Hornschemeier

Éditions Frantagraphics, 80 pages couleur

Probablement la plus belle jaquette de livre que j’aie vu depuis un moment.

mercredi 29 août 2007, par Gabriel Tremblay Gaudette

P.-S.


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