À sa sortie de l’école, Annie Braddock, comme toute bonne ingénue qui se respecte, veut trouver sa place dans l’univers (mais surtout dans Manhattan). La vie, ou plutôt sa pauvre mère infirmière, la pousse vers une prometteuse carrière dans le monde des affaires, mais le cœur d’Annie n’y est pas et elle préférerait de loin poursuivre des études en anthropologie. Elle le fera d’ailleurs, à travers ses observations d’une riche famille pour laquelle elle est engagée comme nanny, histoire de se laisser le temps de découvrir sa voie (c’est-à-dire ; avouer à sa maman qu’elle n’en a rien à foutre du monde des affaires).
La famille avec laquelle Annie partage maintenant ses jours, la famille X, sert de creuset pour tous les stéréotypes des relations dysfonctionnelles modernes. Le père, Paul Giamatti (Sideways), un bourreau de travail bedonnant, passe le plus clair de son temps à l’extérieur et ignore les besoins les plus primaires de son épouse. La mère, Laura Linney (Breach), en parfaite yuppie féminine de l’Upper East Side, se dit femme au foyer, mais ne trouve jamais la moindre seconde pour s’occuper de son fils unique, un enfant gâté qui change de nanny comme certains changent de photo sur leur profil MySpace. Annie se retrouve rapidement prisonnière de son bon cœur et par le fait même des abus de madame X, aussi aveugle face à son malheur que devant les valeurs de bases qui forment les relations interpersonnelles (respect, reconnaissance, etc.). La nouvelle nanny en profite néanmoins pour tomber amoureuse du beau jeune homme de l’étage d’au-dessus (Chris Evans, qu’on imagine évadé des Fantastic Four), ce qui, pour sa patronne, est inconciliable avec les obligations d’une nanny digne de ce nom.

- Nicholas Art et Scarlett Johansson
Quelques minutes après le début de The Nanny Diaries (dès que l’on voit Scarlett Johanson prévisiblement se prendre les pieds et s’étaler sur le podium lors de sa remise de diplôme), il devient rapidement évident qu’il ne s’agit pas du film le plus inventif depuis Vertigo. Les deux réalisateurs, qui nous avaient pourtant servi l’incroyablement audacieux et touchant American Splendor en 2003, revisitent une série de clichés sur le mal de vivre sans y amener la moindre saveur (ou, comme dirait M. Night Shyamalan, sans le moindre twist). L’angle de l’étude anthropologique s’épuise avant la fin du prologue, tandis que celui des confidences salées d’une nanny tourne court assez vite et se transforme en narration sans âme qui commente l’image plutôt que d’y ajouter une profondeur quelconque. On se retrouve devant un joli petit film sans trouvaille, sans grande personnalité et sans plus.
On connaît par cœur la société illustrée, sans pourtant jamais avoir mis les pieds dans l’Upper East Side (ni même savoir où c’est). Les riches de New York sont misérables, prétentieux et pincés, tandis que les jeunes filles du New Jersey sont naïves, maladroites et aimables (et charnues). Le ton cynique édulcoré ne colle pas aux situations trop gentilles et la rédemption des personnages peut se prédire dès la mi-temps. La narration omniprésente alourdit le récit d’un bon vingt minutes en nous servant des réflexions philosophiques (genre Nietsche pour les nuls) d’une telle profondeur, qu’elles semblent rédigées par une recherchiste stagiaire de Josélito.

- Chris Evans et Scarlett Johansson
Scarlett Johansson (Scoop), habituée depuis peu à des rôles plus coriaces, n’est ici qu’adorable. Ce pourrait être suffisant pour certaines, surtout pour Lindsay Lohan, mais son bagage est désormais tel, que nous en attendons beaucoup plus de sa part (un peu comme si Warren Beatty jouait dans Ace Ventura 3). Scarlett est trop nerveuse pour qu’on ait véritablement le goût de s’en préoccuper et malgré la baboune prometteuse qu’elle affecte sur l’affiche, la torpeur séduisante de Lost in Translation n’est pas au rendez-vous. Paul Giamatti s’amuse en salaud qui se balance de tout, mais il vogue sur une suite de lieux communs sans finesse qui estompent la vigueur de son interprétation. Si quelques répliques cinglantes (« Nanny, you never told me you had a mother ! »), délivrées avec un aplomb certain par une Laura Linney toujours impeccable, peuvent nous faire sourire, l’enrobage très jeune-fille-en-fleur de l’ensemble amortit leur impact jusqu’à les rendre nulles (dans le sens du terme qui vous plaît).
The Nanny Diaries s’étire un peu trop sur des idées archi-usées en utilisant des concepts faciles à la portée de n’importe quel Renny Harlin. On s’ennui ferme devant cette comédie fort classique qui nous fait se demander à quand remonte notre dernier visionnement de Trois hommes et un bébé. (Non, sérieusement, c’était quand ?)











