Engageant le style du faux documentaire et basé sur l’univers excessif du poker, The Grand de Zak Penn mélange les styles télévisuels et cinématographiques dans une continuité rappelant le ridicule de This is Spinal Tap. Pourtant, cette fois la recette manque cruellement d’ingrédients frais et peut provoquer une indigestion.

Jack Faro (Woody Harrelson) gère un casino qui lui a été légué par son grand-père. Cependant, ses années de débauche et de mauvaise gestion l’ont mené au bord du gouffre financier et il décide de s’inscrire à « The Grand Tournament of Poker ». Espérant rafler la mise de 10 millions de dollars remise au gagnant, la compétition se joue à une table finale, où le ridicule des adversaires n’a d’égale que leur talent professionnel. Il y a les frères et sœurs Larry et Lainie Schwartzman. Larry (David Cross) a des problèmes avec ses relations familiales, tandis que Lainie (Cheryl Hines) a cinq enfants et un mari (Ray Romano) complètement inutile. Deuce (Dennis Farina), le vieux joueur expérimenté, a toujours un juron sur le bout des lèvres et explique sa nostalgie du passé de Las Vegas. Le rain man calculateur de la table se nomme Harold Melvin (Chris Parnell) et Andy Andrews (Richard Kind), un idiot qui s’est qualifié par le biais d’internet, complète cette brochette loufoque.
D’emblée de jeu, The Grand de Zak Penn semble plus un exercice télévisuel, qu’un faux film documentaire. En commentant la vie et les déboires des personnages, la production utilise une caméra mobile et tremblante qui ressemble plus à une direction photo style MTV. Au fil du tournoi, on y fait aussi des interventions avec des commentateurs qui font penser à ESPN, un peu comme si l’on allait à la pause, et qui sont supposées provoquer des situations cocasses. Aussi, les entrevues avec les joueurs se succèdent, mais agacent profondément après un assez court laps de temps. Ce style devient vite redondant et presque irritant puisqu’à la fin, on peut se demander si l’on vient de passer 104 lasses minutes devant la télévision (moi qui d’avance déteste celle-ci).

La construction du récit, basée sur chaque personnage, prend un ton documentaire, où chacun d’eux se dévoile et, du même coup, suscite l’hilarité ou se plante complètement. Ainsi, si certains réussissent à nous faire rire, Woody Harrelson avec son attitude, David Cross avec ses mimiques corporelles et son timing qui rappelle presque l’improvisation, et Dennis Farina avec ses histoires salées et ses jurons toujours bien placés, certains tombent carrément à plat, soit Richard Kind en idiot, et Chris Parnell en autiste (quoique les humoristes de Saturday Night Live ne sont pas reconnus pour leurs talents d’acteurs). Le psychotique personnage de Werner Herzog semble avoir été créé avec Hannibal Lecter en tête et celui-ci formule les meilleurs gags de la production, avec ses obsessions meurtrières mêlées avec l’adrénaline du poker. Cependant, le jeu des acteurs ne peut sauver le film de son style superflu et beaucoup trop envahissant.
Zak Penn nous propose donc une production stylisée, mais sans conviction. The Grand ne souffre pas de son approche faux documentaire, mais bien de son aspect télévisuel vite lassant, tout comme l’incessante « plogue » commerciale du site de Partypoker. Peut-être serait-il mieux de le regarder en format DVD sur son petit écran ?











