Dans un monde parallèle contrôlé par un groupe de vieux acteurs britanniques, la jeune Lyra se retrouve en possession d’une boussole dorée qui donne réponse à toutes les questions. Emmenée à Londres pour préparer un voyage dans le Nord par la séduisante Mme Coulter, Lyra découvre assez vite que la belle dame dorée supervise en fait une bande de kidnappeurs d’enfants, dont la dernière victime n’est autre que son bon ami Arthur. Lyra échappe à sa charmante geôlière, s’adjoint l’aide d’une armée de gitans, d’un ours polaire avec une armure dorée, d’un Texan aéronaute et d’une sorcière volante tricentenaire, et se dirige vers les royaumes du Nord secourir les gamins disparus et son oncle aventurier prisonnier des Tartares. (Il ne manque que le père Noël pour compléter ce tableau éclectique, mais il ne fait, heureusement, aucune apparition surprise, malgré une mise en place fort à propos.)

- La séduisante Mme Coulter (Nicole Kidman)
Le premier roman de la trilogie His Dark Materials (À la croisée des mondes) de Philip Pullman se transpose à l’écran de façon grandiose, mais plutôt maladroite. L’histoire, extrêmement fournie, s’expose difficilement et la narration doit user de divers prologues, de plans de transition et de longs monologues explicatifs ennuyeux pour nous faire comprendre son propos. Cela étant dit, la quête de la juvénile héroïne ne manque pas d’intérêt et ose aller là où certains groupes trop cathos n’aiment pas vraiment s’aventurer. Même si très légèrement, The Golden Compass sanctionne la remise en question de l’ordre établi, le refus des dogmes immuables, la fidélité en amitié et la fierté des ours polaires. Que des brigades chrétiennes s’inquiètent de voir leurs canons disputés par un film avec des animaux qui parlent et Eva Green qui vole, démontre bien la fragilité de leurs fondations (mais c’est un débat pour FOX News, par pour nous).
La promesse de séquences d’action fort enlevantes, parsemées ici et là, permet de patienter pendant les passages plus terre-à-terre du récit. Tout se déroule dans une panoplie d’environnements somptueux, gracieuseté d’une direction artistique exemplaire. Les effets visuels répondent aux attentes du genre sans pourtant impressionner autant qu’ils le devraient et des interprétations généralement dans le ton de la part de la généreuse distribution assurent un certain sérieux à des dialogues parfois boiteux. L’utilisation, ad nauseam, de l’arrivée fortuite d’un personnage pour sauver la mise, discrédite cependant la construction dramatique qui finit par ne tenir que sur cet unique procédé malhonnête et facile. Il devient rapidement ridicule de voir surgir de nulle part, et à tout moment, un ours polaire gigantesque et cuirassé, sans que personne ne réagisse avant.

- La sorcière Serafina Pekkala (Eva Green)
Mais tout cela additionné n’accouche pas du résultat escompté. On se retrouve ultimement avec une intrigue diffuse, une mise en situation ardue qui demeure toujours floue et un imaginaire qui ne fonctionne en général pas vraiment (et qui déçoit forcément). L’agglomération d’éléments intéressants ne colle tout simplement pas et la demi-résolution nous confirme le sentiment d’avoir visionné la longue introduction d’un récit complexe, mais sans jamais nous donner le goût de se sentir concerné.
Chaque saison hivernale, depuis la sortie du premier Lord of the Rings en 2001, voit son adaptation de roman fantastique se déverser sur nos écrans. Et si l’année dernière, tout le monde s’était bien emmerdé devant Eragon, nul doute que cette année sera différente et que The Golden Compass plaira aux amateurs de soft-fantasy, qui y découvriront un digne successeur aux Chroniques de Narnia. Malgré la campagne promotionnelle retentissante qui accompagne la sortie du film (un panneau publicitaire à la station Crémazie, ça veut tout dire), il serait néanmoins avisé de tempérer les attentes du cinéphile aguerri, qui n’y retrouvera au bout du compte, pas grand-chose de nouveau à se mettre sous la dent.











