The Departed

Sortir du purgatoire

Si Leonardo DiCaprio attendait de jouer dans un bon film de Scorcese pour mettre fin à leur collaboration, il peut maintenant le faire.

Un film de Martin Scorsese, avec Leonardo DiCaprio, Matt Damon, Jack Nicholson, Mark Wahlberg, Martin Sheen et Alec Baldwin. États-Unis, 2006, 152 min. (« Agents troubles » en version française)

Si Leonardo DiCaprio (Critters 3) attendait de jouer dans un bon film de Scorcese pour mettre fin à leur collaboration, il peut maintenant le faire. Après l’interminable Gangs of New York et le fade The Aviator, le dernier-né de leur union, The Departed, touche enfin la cible en plein centre (à bout-portant et avec une giclée de sang de surcroît).

Situé dans les faubourgs de Boston et de sa communauté irlandaise, The Departed nous plonge dans le monde mafieux des agents doubles et des policiers corrompus. Billy Costigan (DiCaprio) est propulsé, au sortir de l’académie de police, dans une mission d’infiltration à l’intérieur de l’organisation criminelle de Frank Costello (Jack Nicholson). En parallèle, Colin Sullivan (Matt Damon) s’insinue dans la police d’État pour le compte de Costello, permettant au bandit de toujours garder un pas d’avance sur les policiers et de constamment échapper à son arrestation. Alors que les deux agents s’entremêlent dans leurs organisations respectives, les secrets commencent à fuir et Costello s’inquiète. Un délicieux jeu de chat et de souris mène le principal de l’action pour nous conduire vers un dénouement très scorsesien.

JPEG - 27.2 ko
Frank Costello (Jack Nicholson) et Colin Sullivan (Matt Damon) manigancent

Qu’il le soit dit une fois pour toutes ; The Departed est un grand film. Scorsese renoue enfin avec le genre qu’il maîtrise le mieux ; le film de gangsters. Parce qu’il ne s’agit pas d’un film policier, mais bel et bien d’un film de mafieux, de criminels, de bad boys. Adapté d’un des plus grands succès hongkongais des dernières années (Infernal Affairs, ou encore Mou gaan dou pour les amateurs de Mandarin), le scénario de William Monahan (Kingdom of Heaven) est d’une consistance remarquable, malgré quelques passages de développement de personnages superflus.

C’est d’ailleurs le seul bémol de cette production ; la liberté octroiyée à Martin Scorsese. Nous l’avions déjà constaté avec ses deux derniers opus, mais Scorsese nage dans une respectabilité qui le met à l’abri de toute intervention sur la direction de ses films. Et c’est un peu dommage, car The Departed gagnerait lui aussi à être resserré un brin. Jamais comme Gangs of New York et The Aviator le méritaient, mais tout de même.

Ceci dit, la réalisation demeure impeccable et soucieuse du rythme, la tension est à couper au couteau grace au montage nerveux et sec, et le casting est succulent (sans doute le plus solide depuis Glengarry Glen Ross). DiCaprio et Damon nous offrent assurément leurs meilleures performances, toutes en ambiguïté et en fragilité, tandis que Nicholson reste intouchable (comme dans tout ce qu’il fait d’ailleurs). Les rôles de soutien d’Alec Baldwin (cinglant), Martin Sheen (impressionnant) et Mark Wahlberg (incisif) complètent avec brio la distribution titanesque de ce suspense et nous proposent même quelques scènes d’humour décapantes.

JPEG - 26 ko
Billy Costigan (Leonardo DiCaprio) et Frank Costello (Jack Nicholson) manigancent aussi

Mon degré de satisfaction d’enfin voir Scorsese nous servir un film de la trempe des Goodfellas et Casino, reste difficile à mesurer. Malgré mes attentes élevées, le réalisateur new-yorkais n’a pas raté sa chance, et c’est tant mieux d’ailleurs, car il s’agissait de sa dernière (tout comme The Black Dahlia l’était pour De Palma plus tôt cet automne, mais lui l’a complètement gâchée). Il y a une limite aux navets que l’on peut tolérer d’un grand réalisateur avant de le classer définitivement avec les has-beens de l’industrie, mais avec The Departed, Scorsese retrouve la grande forme et peut se permettre de nous servir encore quelques biopics moyens avant d’être rangé au placard pour de bon.

mercredi 8 novembre 2006, par Charles-Louis Thibault

3 Messages de forum


Créé, géré, édité et bidouillé par David Lamarre. Tous droits réservés (2008)