The Dark Knight est une réussite si complète qu’on en remercie presque Joel Schumacher ; sans la catharsis de Batman & Robin, nous n’en serions pas là.
Dans cette suite à Batman Begins, Gotham City, que Batman nettoie lentement mais sûrement de sa pègre traditionnelle, doit faire face à un nouveau genre de criminel, lorsque le Joker entre en scène. Inspiré par des drames policiers tels The Godfather et Heat, Christopher Nolan (Memento) inscrit définitivement la franchise de Batman dans un réalisme qui ne peut être revendiqué par aucune autre adaptation de superhéros, en contrepoids parfait avec la farce grotesque que Joel Schumacher a vomi sur nos écrans en 1997.

- Le Joker (Heath Ledger)
Dans la vision de Nolan, le Joker se présente comme un maniaque imprévisible qui n’a comme but que d’instiguer l’anarchie. Ses motivations obscures déroutent à la fois le crime organisé et les forces de l’ordre, qui ne savent comment gérer cette menace. La loi peut toutefois compter sur un triumvirat décidé à endiguer cette vague de chaos, avec le policier James Gordon, droit et incorruptible, le nouveau procureur Harvey Dent, charismatique et résolu, et Batman, le justicier dont le masque permet des excès interdits aux figures officielles. Le récit explore ainsi la responsabilité de Batman dans l’apparition des détraqués comme le Joker, en les présentant comme les deux faces d’une même médaille, sans jamais tomber dans un manichéisme simplet.
Nolan s’approprie complètement l’univers de Gotham et le maîtrise comme personne avant lui. Sa vision, certes en rupture avec les coloris chatoyants des planches de bande dessinée et les néons tape-à-l’œil de Batman Forever, n’en demeure pas moins unique et extrêmement rafraîchissante. Il nous raconte son histoire avec une rigueur métronomique et un sens de l’intrigue à couper au couteau. Les différents arcs narratifs se rencontrent et s’entrechoquent parfaitement dans ce film sans temps morts, malgré ses 152 minutes. Le spectateur est tenu en continuel état de climax tant le rythme est soutenu, mais le réalisateur continue d’en mettre plein la vue, retardant la jouissance finale encore et encore, avec des scènes d’action hallucinantes, des cascades ahurissantes et une distribution aux petits oignons.

- Harvey Dent (Aaron Eckhart), James Gordon (Gary Oldman) et Batman (Christian Bale)
La performance d’Heath Ledger (Brokeback Mountain) dans le rôle mythique, mais casse-gueule du Joker est telle, qu’il se mérite un paragraphe à lui seul. Son interprétation, toujours imprévisible, troublée et survoltée, mais jamais surjouée, se situe à des lieux de la version que Jack Nicholson (qui ne perd d’ailleurs rien au change) avait personnifiée dans le Batman original de Tim Burton en 1989. 20 ans plus tard, Ledger campe un personnage exubérant et burlesque, avec une justesse remarquable, ce qui le rend résolument réel, et d’autant plus terrifiant. Ses dialogues sont joués avec une fébrilité inquiétante et la souplesse de l’acteur surprend à chaque scène où il apparaît, volant systématiquement la vedette. Le trépas prématuré de Ledger, qui signe ici son dernier film achevé, entoure évidemment la performance d’une aura légendaire, mais sa prestation n’en demeurerait pas moins inoubliable.
Christian Bale (American Psycho) reprend du service en Batman/Bruce Wayne, et, encore une fois, se révèle en parfait contrôle. Son interprétation du milliardaire playboy presque niais est d’autant plus hilarante que son Batman est solide et brutal. Il partage à nouveau la vedette avec Morgan Freeman (Million Dollar Baby), très à l’aise et flegmatique, Michael Caine (The Cider House Rule), qui campe un Alfred au sens comique surprenant, et Gary Oldman (Bram Stoker’s Dracula), d’une humanité et intensité toujours aussi soutenue en commissaire Gordon, un contre-emploi pour cet acteur habitué aux personnages de méchants. Aaron Eckhart (Thank You for Smoking), qui tient sans doute le rôle le plus difficile de la production, évolue du confiant Harvey Dent au perturbé et irascible Two-Face à travers le récit et rend ce personnage tragique crédible et touchant. Maggie Gyllenhaal (Secretary) quant à elle, prend la place laissée vacante par Katie Holmes avec une assurance et un charme naïf tout à son honneur.

- Le Joker (Heath Ledger) et Rachel Dawes (Maggie Gyllenhaal)
Considérer The Dark Knight comme un vulgaire film de superhéros ne rendrait pas justice à la complexité de l’œuvre et induirait en erreur. Il s’agit, avant tout d’un drame policier, sombre et sans concession à une certaine morale plastifiée de comic-book. Le dernier film de Christopher Nolan, qui signe également le scénario, se retrouve à des lieux du ton bon-enfant d’Iron Man ou de la dualité simpliste des Spider-Man. The Dark Knight s’inscrit tout simplement dans un registre complètement à part, dans une catégorie à lui seul, à cheval entre les genres, mais décidément maîtrisé et fascinant. Une réussite totale, de quelque point de vue que l’on prenne. torrent dvd screener download











