Jason Bourne, faible et blessé après la folle poursuite dans les rues de Moscou qui concluait The Bourne Supremacy, tente d’échapper aux forces de l’ordre qui ont la mauvaise habitude de le prendre en chasse. Après un arrêt nostalgique à Paris (profitez de ce repos, c’est le seul que vous aurez), il se retrouve à Londres, où il entre en contact avec un journaliste du Guardian, Simon Ross. Celui-ci aurait déniché une source d’information précieuse sur le projet Blackbriar, l’héritier du programme Treadstone dont Bourne représente l’ultime aboutissement. Mais la CIA, qui s’intéresse déjà aux faits et gestes du reporter, n’est pas loin derrière et le retour de Bourne dans leurs platebandes relance la traque pour sa capture. À travers Turin, Madrid, Tanger et New York, Jason Bourne remonte la trace de l’informateur de Ross et, avec quelques flash-backs en prime, reconstruit le fil des évènements qui ont fait de lui l’exécuteur que l’on connaît.

- Jason Bourne (Matt Damon)
Paul Greengrass (United 93) commande à nouveau la réalisation du plus récent Bourne, et c’est tant mieux. Si The Bourne Supremacy surpassait en qualité son prédécesseur The Bourne Identity, un effort très honnête signé Doug Liman (Mr. & Mrs. Smith), ce troisième film les déclasse tous deux, et sur tous les points. Nous nous retrouvons en présence d’un thriller extrêmement bien ficelé, au rythme hallucinant qui force à reconsidérer l’achat de ce défibrillateur portatif qu’ils annoncent à la boutique TVA. The Bourne Ultimatum, c’est une heure cinquante de cardio, l’équivalent d’un cours de Tai-Bo au gym du coin, mais sans la sueur (quoiqu’encore...). Dès qu’il capte votre attention, et ça ne traîne pas, Greengrass vous tient à la gorge et ne vous relâche pas jusqu’au générique, que l’on reçoit à la fois comme une délivrance et un deuil.
Caméra à l’épaule, le réalisateur ne commet sur pellicule que les plus pertinents détails. Tout se justifie, rien n’est superflu et chaque seconde est gavée à ras bord, rendant ce suspense absolument stupéfiant. On a l’impression de courir aux côtés de Jason Bourne tellement l’immersion est complète. Les nombreuses poursuites, découpées au hachoir, défient les règles de la persistance rétinienne, mais ne perdent néanmoins jamais le focus ; tout demeure intelligible, même si démesurément expédié. Jamais scène d’action n’a été présentée avec autant de vision depuis les jours glorieux de John Frankenheimer. Greengrass pousse la mobilité de l’image aux confins de la tolérance, même pour les scènes de conversation où d’autres réalisateurs plus prudents auraient opté pour un champ/contrechamp bien classique. Mais, comme pour le cadre incessamment tremblotant qui risque de déstabiliser l’auditeur sujet aux labyrinthites, l’effet fonctionne à merveille. À travers tous ces procédés techniques maîtrisés avec une habileté déconcertante, le spectateur pantelant est tenu sur le bout de sa chaise (et ce n’est pas qu’une expression un peu surutilisée ; c’est un témoignage personnel).

- Noah Vosen (David Strathairn), Pamela Landy (Joan Allen)
Le récit d’espionnage, à travers les époques, à connu bien des moutures et il est toujours difficile de renouer avec un genre aussi usé. Continuant l’excellent travail amorcé avec les deux premiers films, Tony Gilroy nous concocte une intrigue somme toute assez classique, mais livrée dans un format si dense et consciencieux qu’elle déjoue toutes les attentes. Chaque élément est introduit avec la précision d’une opération à cœur ouvert, les revirements surprennent vraiment et les révélations captivent, parce que le rythme haletant ne laisse aucun répit qui permettrait de devancer la narration. L’action est si compacte que le temps file à la vitesse d’une course sur les toits de Tanger (littéralement) et toutes les capacités cérébrales servent à faire sens des images qui nous sont stroboscopées à travers les globes oculaires plutôt qu’à planifier les repas de la semaine, comme c’est le cas notamment lors d’un visionnement de L’Homme bicentenaire (pour prendre un exemple facile).
Au-delà de l’histoire, l’interprétation d’une solide brochette d’acteurs soutient avec brio la tension, déjà à peine supportable, du récit. Matt Damon, froid et décidé, convainc encore une fois dans un rôle façonné sur mesure pour sa belle gueule carrée. Il incarne Jason Bourne avec une telle intensité perturbée qu’il nous fait presque oublier (mais quand même pas) son jeu comique maladroit dans le franchement ridicule Stuck to You des frères Farelly. Joan Allen reprend son personnage de The Bourne Supremacy avec aplomb et ambiguïté, ne ratant jamais une occasion de livrer ses répliques avec un claquement de langue autoritaire. Nouveau venu dans la franchise, David Strathairn prend la place laissée vacante par Bryan Cox en bureaucrate véreux, la version moderne du méchant shérif corrompu. Son regard glacial et son ton susurrant sans équivoque assurent des échanges féroces avec ses partenaires, rendant savoureux les dialogues de restaurant les plus banals.

- Jason Bourne (Matt Damon) et Nicky Parsons (Julia Stiles)
Avec en plus un sous-texte politique très « post 9-11 », The Bourne Ultimatum aide à redorer un genre, le film d’action/d’espionnage, tombé en désuétude par une série de conventions dépassées suivies à la lettre par une génération de réalisateurs sans vision et de scénarios scribouillés par un comité du R.I.A.. Souhaitons que les créateurs derrière Bourne demeurent aussi inspirés et qu’ils nous pondent, quand le temps sera venu, un nouveau chapitre enlevant et novateur. La barre est haute, très haute, pour les wannabes à la Rob Cohen et autres Antoine Fuqua de ce monde.











