L’histoire de la plus récente œuvre de Eddie Campbell est pratiquement un cliché du genre policier ; un individu au passé trouble est suspecté d’avoir orchestré l’explosion d’un train dans une petite ville américaine. Or, il se trouve que le train en question transportait une cargaison mystérieuse que des hommes tout aussi mystérieux ont dérobé. Après s’être échappé des policiers, John Hardin devra éviter la traque d’une agence de détectives, des services secrets et des malfrats qui ont tenté de lui faire porter la responsabilité de l’attentat afin de prouver son innocence et de régler ses comptes !
Un tel résumé laisse présager une histoire ressassée des centaines de fois et à laquelle il est difficile d’insuffler une quelconque originalité. En vérité, bien que le récit respecte les conventions du genre (le passé suspect du personnage principal, l’incompétence des services secrets, les rebondissements inattendus assez fréquents, les fusillades à l’emporte-pièce et autres conspirations), il réussit à intégrer des éléments intéressants en campant l’intrigue au tournant du 20e siècle, ce qui permet à certains personnages de glisser quelques répliques amusantes sur l’apparitions de certaines technologies (le train et la photographie, par exemple) suffisantes pour donner une touche de nouveauté à cette intrigue policière.
Ce qui rend ce roman graphique intéressant passe entièrement par la plume de Eddie Campbell qui, probablement entraîné par son expérience de Fate of the Artist, utilise la couleur de manière spectaculaire, évocatrice et symbolique. Les atmosphères sont établies avec une grande justesse grâce à des palettes chromatiques dominantes, les mélanges des coups de pinceaux donnent lieu à des images très fouillées, les touches de couleurs à l’intérieur de certains phylactères constituent une excellente trouvaille et la densité des traits, parfois durs et parfois diffus, suggèrent parfois l’impression d’une image de caméra dont le focus serait fixé sur l’avant-plan, laissant l’arrière du décor dans un flou intéressant.
La présentation graphique de Black Diamond Detective Agency laisse clairement voir que le roman graphique est « adapté » d’après ce qui aurait été un scénario de film. Les suggestions de travelling et les gros plans alternés créent un effet de montage assez réussi, et mis à part quelques pages, les planches ne laissent aucun espace blanc d’entrecases, simulant d’une certaine manière l’impression d’un écran plein dans lequel un spectateur regarderait un film. Néanmoins, la mise en page n’est absolument pas régulière, ce qui permet à Campbell d’emprunter à certaines occasions des pratiques plus proche du cinéma mais d’utiliser en majorité les ressources de la BD (principalement la mise en page) pour construire et rythmer son récit.
En somme, Campbell nous offre ici un blockbuster très bien foutu. Black Diamond Detective Agency n’offre absolument pas la profondeur des autres œuvres du bédéiste comme From Hell, Fate of the Artist, A Disease of Languages ou la série Alec. Ce roman graphique se situe davantage dans la catégorie du très bon divertissement, auquel on ne songerait pas à reprocher le manque de subtilité et de réflexion sous-jacente, tellement il nous a entraîné dans un récit intriguant et dans un délice esthétique pendant le cours de la lecture.
Probablement pour souligner l’aspect filmique de Black Diamond Detective Agency, la maison d’édition First Second Books a opté pour un outil promotionnel qui est, à ma connaissance, une première pour une bande dessinée : une bande-annonce ! Dans la tradition du trailer de film d’été, on peut y voir des images tirées de la BD, avec une voix off très dramatique qui ne nous épargne aucun cliché pour décrire l’histoire ! Absolument hilarant ! Vous pouvez voir la bande-annonce au site suivant :
The Black Diamond Detective Agency Par Eddie Campbell, d’après un scenario de C.Gaby Mitchell 138 pages Éditions First Second Books Un format régulier et une couverture qui n’a rien de trop extravagant : wow ! On dirait presque un vrai livre !











