Le « supermarket » dont il est question ici est une ville américaine fictive ultramoderne, toute en immenses gratte-ciels et bourrée de gens très très riches. C’est également le lieu où travaille Pella, jeune adolescente vivant dans une banlieue digne de Beverly Hills, qui a pris un boulot dans un dépanneur dans le simple but d’exaspérer ses parents.
Un jour, en rentrant du boulot, elle découvre ses parents assassinés et reçoit un message posthume de sa mère lui adjoignant de ne pas appeler la police et de décamper dans un appartement sécurisé du centre-ville. Manque de bol, des yakuza sont justement en train de fouiller ce refuge. Re-manque de bol, sa carte de crédit est vide et elle crève la dalle. Re-re-manque de bol, elle commence bientôt à se faire pourchasser non seulement par des yakuza mais aussi par la mafia féminine de la ville très légèrement vêtue, les Porno Swedes (vous avez bien lu).

Dieu merci (parce que ça commençait à aller sacrément mal pour elle), un preux chevalier à l’air vaguement nerd se porte à sa rescousse et balance des balles dans la tête de ceux qui tentent de s’en prendre à Pella. Il lui fournit assez d’argent pour se rendre dans un des hôtels les plus chic de la ville et cela lui permet de prendre connaissance de certaines informations que ses parents lui ont laissé comme testament : « chérie, nous avons une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c’est que nous avons été dans notre jeunesse des criminels haut gradés et qu’une immense fortune t’attend. La mauvaise, c’est qu’à partir de maintenant, il y a beaucoup, beaucoup de gens qui vont vouloir te tuer et ils sont très bons dans leur métier ». La suite, vous le devinez, laisse place à beaucoup d’action et de poursuites de char, et à une finale pour le moins spectaculaire.
L’idée de base développée par Wood, quoique n’étant pas extraordinairement originale, met tout de même en place un récit haletant qui s’essoufle légèrement en deuxième partie mais qui en vaut tout de même le coup. Les répliques insolentes (ça aussi c’est un peu du déjà vu, mais bon…) de Pella sont assez savoureuses et le récit est très bien rythmé. Bien que je ne considère pas que les textes soient de la même qualité que ceux de Demo, Wood reste supérieur à la moyenne des scénaristes.
La grande qualité de cette œuvre repose principalement sur les dessins et les couleurs de l’artiste Kristian. Vraiment, ce type est très très doué et son style, à mi-chemin entre le manga et les comics de super-héros, qui rappelle les émissions animées, est très adéquat pour cette histoire. Les décors dépeints sont sublimes, particulièrement les plans larges des gratte-ciel et du centre-ville à la Times Square. Ce qui est le plus appréciable dans le graphisme de l’œuvre est la coloration : des couleurs ni trop chaudes ni trop froides (ça se dit, des couleurs « tièdes » ?), des ombrages remarquables et une palette large mais distinctive et brillamment exploitée rend la lecture de Supermarket grandement appréciable pour la pupille. L’image finale qui présente la ville pourrait aisément se trouver dans un musée d’art moderne.

Ceci dit, Supermarket est donc un peu comme un blockbuster qui serait bien foutu et brillament écrit : beau à voir, divertissant et plus intelligent que la moyenne, mais d’une durée de vie un peu limitée. La relecture ne pourrait fournir une compréhension supplémentaire du récit puisque tout est assez limpide dans l’histoire. Il serait toujours aussi plaisant de se remettre sous les yeux le travail visuel somptueux de Kristian, mais Wood ne s’est pas préoccupé de concevoir un second niveau au récit. Les quelques références à la politique, aux classes sociales, à la mesure de la richesse, à l’économie et aux relations amoureuses font en sorte que le récit acquière une substance supplémentaire, mais il manque encore de l’étoffe à cet auteur avant qu’on puisse le comparer aux grands scénaristes de l’histoire de la littérature graphique. Une bonne lecture quand même, mais pas un classique.
SUPERMARKET Écrit par Brian Wood, dessins et encrage de Kristian 92 pages publié chez IDW publishing L’ÉDITION COMPREND LA REPRODCUTION DES COUVERTURES DES NUMÉROS ORIGINAUX DE LA SÉRIE (ET ILS SONT BEAUX) www.idwpublishing.com











