Sun Scarred (Taiyo No Kizu)

Miike en HD

Une oeuvre déchirante qui porte à réfléchir sur des valeurs sociales importantes telles la justice, la sécurité et la réhabilitation.

Un film de Takeshi Miike avec Sho Aikawa, Aiko Sato, Kenichi Endo, Japon, 2006, 120 minutes.

C’est bien connu, les jeunes détestent et effraient les vieux. À cette prémisse, Takeshi « Zebraman » Miike colle une esthétique sobre rappelant le cinéma des années 70 et ajoute une pincée de sa violente énergie créatrice pour créer une oeuvre déchirante qui porte à réfléchir sur des valeurs sociales importantes telles la justice, la sécurité et la réhabilitation.

Alors que Katayama revient du boulot, il aperçoit de jeunes voyous qui battent violemment une victime sans défense. Se refusant à faire comme ses concitoyens et ignorer volontairement la situation, il décide de s’interposer. Seul les poings constituent des arguments convaincants pour arrêter les délinquants. Toutefois, en agissant de la sorte, il se fait un ennemi mortel en la personne du chef de ces agresseurs. En guise de rétribution, il assassine lâchement la fillette de Katayama. Pour ce crime, il se voit privé de sa liberté pendant deux ans.

Sa sortie de prison enrage Katayama qui se lance à sa recherche. Veut-il le retracer pour vérifier si il est bel et bien réhabilité ou pour bêtement se venger ? Quant au jeune réformé, reviendra-t-il à ses vilaines habitudes ? Son exemple inspirera-t-il d’autres enfants à profiter de leur jeunesse pour tuer presque impunément ?

Ces questions s’ajoutent à celles plus philosophiques telles doit-on juger les mineurs comme des majeurs quand ils commettent des crimes graves ? Ou, les droits des criminels doivent-ils primer sur ceux des victimes ? En plus de l’exploration de ces problématiques misent de l’avant au Québec par Pierre-Hugues Boisvenu, Miike met en relief la tragédie personnelle vécue par le protagoniste. Vilipendé par les médias, incapable de faire le deuil de sa fille, quitté par sa femme, Katayama entretient une haine corrosive pour celui qui a complètement démoli sa vie. Dans ce rôle exigeant, Sho Aikiwa amène le déchirement et la rage nécessaire. Son imposante stature l’oppose parfaitement bien à la frêle ossature de son antagoniste.

Miike, à la manière d’un maître d’échec patient, place lentement ses pièces et capture progressivement l’attention du spectateur. L’inclusion d’un personnage féminin naïf et superflu représente sa seule grave erreur. Heureusement, ce faux-pas ne lui coûte pas la partie. Le drame glisse doucement vers le suspense, les émotions troublées ressenties par le héros laissant place à des sensations fortes ressenties par les spectateurs. À l’occasion, comme ce passage en noir et blanc durant l’emprisonnement du coupable d’infanticide, la touche excentrique de Miike perce la forme sobre et le rythme mesuré, qui ne sont pas sans rappeler les Taxi Driver ou Death Wish d’une génération précédente.

Somme toute, le passage au HD se fait en douceur pour le prolifique réalisateur japonais. Il poursuit son trajet vers une approche formellement plus posée du médium filmique avec la même fascination pour la violence et les valeurs conservatrices qui ont fait sa renommée.

Voir en ligne : Le site officiel de Fantasia

mercredi 8 août 2007, par David Lamarre

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