Smart People

Imbéciles et non-imbéciles s’abstenir

Une comédie qui manque de profondeur, mais pas de blagues

Réalisé par Noam Murro et écrit par Mark Jude Poirier avec Dennis Quaid, Sarah Jessica Parker, Ellen Page et Thomas Hayden Church. États-Unis, 2008, 95 minutes.

Smart People n’est pas une comédie romantique, ni un film indépendant, ni la marque d’un auteur. Quel est-il alors ? Si le réalisateur Noam Murro avait une réponse claire, nette et précise, son film serait probablement bien meilleur.

Après une mauvaise chute, Lawrence (Dennis Quaid), un professeur d’université exécrable, veuf et bedonnant, voit son frère adopté (Thomas Haden Church) emménager chez lui pour servir de chauffeur. Celui-ci accumule les petits boulots, éprouve de la difficulté à payer son loyer et roule tranquillement sur les aléas de la vie. Tout le contraire de Laurence qui enseigne la littérature, publie des articles et tourne dans les sphères du savoir supérieur. Vanessa (Ellen Page), sa fille de 17 ans, l’admire beaucoup et aspire à une carrière similaire dans les méandres du système scolaire. Défiant toute la rationalité du foyer familial, Chuck, le frère adopté, bouleversera toutes les habitudes de l’adolescente qui occupait parfaitement le rôle de sa mère. En commençant à fréquenter le docteur Hartigan (Sarah Jessica Parker), Lawrence s’attire les foudres de sa fille qui la traite en adversaire. Adolescente solitaire et sans amis, celle-ci se fait initier à la joie d’être jeune par son oncle Chuck, qui l’emmène boire un coup et lui apprend l’espagnol en fumant de la marijuana. Tout ce beau monde sous un même toit donnera un cocktail hors du commun.

Smart People de Noam Murro est une comédie grinçante où les répliques cinglantes ne manquent pas. Les confrontations entre protagonistes donnent des situations cocasses qui génèrent de merveilleux dialogues et font briller les acteurs qui les récitent. Ainsi, Ellen Page démontre que Juno n’était pas un feu de paille, et se permet même de donner des leçons d’« acting » à Sarah Jessica Parker tellement elle assomme sa concurrente, dans le film et dans son interprétation. Les meilleures scènes de cette comédie sont cependant portées par Page et Thomas Haden Church, avec son rôle de frère hédoniste. Chaque séquence soulève des éclats de rire, et l’on ne peut demeurer indifférent à la broussaille qui lui fait office de moustache.

Cela dit, les faiblesses du film creusent un très grand écart avec ses bonnes performances. Si la réalisation ne crée pas de remous, il reste que le récit manque vraiment de rythme et de cohésion. Ainsi, les scènes fournissent des gags très drôles dus à la distance énorme qui sépare les différents personnages, mais n’aide pas vraiment à faire tenir certaines actions de ceux-ci. Or, pourquoi Lawrence n’aime pas vraiment son fils, joué par Ashton Holmes, ou comment le docteur Hartigan pourrait traiter Lawrence presque comme un « one night » ? D’autant plus que c’est Page et Church qui sauve la production de la catastrophe, puisque la relation amoureuse de Quaid et Parker n’active aucun rire, aucune empathie et donc aucun intérêt. Si certains personnages manquent parfois cruellement d’exploration, l’intrigue chevauche entre le genre « indie » et la comédie romantique avec une abrupte conclusion qui apporte la cigogne et de la guimauve. Au final, le récit ressemble plus à une sauce épaissie, et du même coup relègue le film à une oeuvre très inégale.

Ce qui est frustrant avec Smart People, c’est que le film est très proche d’être réussi. Avec la construction des personnages, les situations loufoques s’imposent d’elles-mêmes et le récit s’emboîte avec eux, sauf que Noam Murro n’a pas trouvé le bon dosage. Dommage.

lundi 28 avril 2008, par François Petitclerc

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