Sicko

Mes plus plates excuses, M. Moore…

À tous ces Américains qui se croyaient protégés par leurs polices d’assurance, Moore leur dit ; « think again » !

Sicko, un film de Michael Moore, États-Unis, 2007, 116 minutes


Le dernier projet de Michael Moore, Sicko, se penche sur la qualité du système de santé américain et des gamiques qui s’orchestrent entre centres hospitaliers et compagnies d’assurances. À tous ces Américains qui se croyaient protégés par leurs polices d’assurance, Moore leur dit ; « think again » !

Dans Sicko, Moore décortique le système de santé américain et en dégage les lacunes en rencontrant des médecins et autres employés ayant travaillés dans diverses compagnies d’assurances. C’est à travers ces témoignages que l’on découvre, non sans effroi, l’abjecte inhumanité qui caractérise ces institutions où seul le souci de garder leurs coffres remplis n’a d’importance. C’est dans le but de décrier cette situation que Moore accumule des témoignages qui glacent le sang. Pensons, à titre d’exemple, à ce médecin ayant pu bénéficier d’une prime significative pour avoir refusé une intervention chirurgicale qui aurait pu sauver la vie d’un homme (ayant d’ailleurs succombé suite à cette décision). Pensons également à cette mère ayant perdu sa fillette de 4 ans puisque, lors d’une nuit où le poupon s’est vu aux prises avec un accès de fièvre, la mère, paniquée, a reconduit l’enfant dans l’hôpital le plus près au lieu de celui étant associé à sa compagnie d’assurances. Pensons également à ces indigents qui, n’ayant pas les moyens de se payer des soins de santé élémentaires, se font reconduire en taxi dans un rond-point (toujours le même) où ils se font jeter à la rue en jaquette d’hôpital, pantoufles aux pieds et les fesses à l’air.

Sans jamais s’éloigner de la formule qui lui est maintenant propre (sa voix en voix off, ses propres plans de réaction, un ton cinglant à souhait), Moore nous assomme à grand coup d’histoires d’une infinie tristesse. Toujours à un cheveu de tomber dans le sensationnalisme, le réalisateur a toutefois le chic de rendre son point de vue clair et son discours efficace. Il est entre autres excessivement intéressant de se livrer à une étude comparative des systèmes de santé dans le monde en visitant certains pays réputés pour l’efficacité de leur modèle. D’absurdité en aberration, il est fort comique de voir les Britanniques se foutre de la gueule de Moore qui, jouant la carte du gros Américain un peu niais, les questionne sur la qualité des soins dont ils bénéficient chez eux. Toutefois, l’absurdité atteint son paroxysme lorsque, ayant découvert que le seul endroit en sol américain où sont proférés des soins de santé gratuits est le centre de détention de Guantanamo, Moore part avec un équipage de malades dans le but de s’y faire traiter.

Plusieurs reprochent à Moore de s’accorder trop d’importance dans ses films. Bien qu’on puisse le soupçonner d’aimer se contempler à l’écran, le propos soulevé dans Sicko est fichtrement plus important que nos réticences à l’endroit du controversé réalisateur. Bon, d’accord, le fait de modifier quelques variantes de la réalité n’est pas super. Le fait d’omettre l’intervention de certains témoins n’est pas génial non plus. Mais à tous ceux qui se bornent à ces arguments sans s’attarder à l’objectif réel de la démarche, je leur dis « au diable » ! Que de voir une dame de 80 ans déambuler dans les rues en jaquette d’hôpital par l’entremise d’une vidéo de surveillance est impardonnable et ce, peu importe la version des faits du médecin ayant ordonné que l’on dispose de cette vieille dame dans le besoin. On ne devrait jamais avoir à rencontrer une veuve pleurant la mort de son mari qui, atteint d’un cancer, a passé l’arme à gauche suite au refus de sa compagnie d’assurances de payer pour la transplantation d’organe alors qu’il avait trouvé un donneur compatible. Et d’entendre une mère pleurer la mort de sa fillette qui aurait pu être sauvée par un soluté et une observation attentive est un fait dont il faut se préoccuper, et ce, même si Moore trouve le moyen de s’insérer dans le montage. Voyez où je veux en venir ?

Qu’on le porte dans notre cœur ou qu’on l’ait en horreur, Michael Moore a assurément la qualité de faire bouger les choses. Mais avec toute la controverse qui accompagne le personnage, certains ont tendance à se laisser prendre au jeu des apparences pour ainsi oublier les propos soulevés dans ses documentaires. Non, je ne ferai la morale à personne puisque je me suis moi-même laissée berner, l’ombre d’un instant, sur l’intégrité de Moore (l’instant d’un documentaire intitulé Manufacturing Dissent). Oui, Michael Moore peut avoir recourt à des méthodes peu orthodoxes pour démontrer son point de vue (et pas toujours catholiques à part ça). J’ai toutefois décidé de fermer les yeux de façon volontaire sur certaines incartades afin de me concentrer sur les véritables aberrations qu’il nous expose dans ses films. Maintenant, je n’ai d’autre choix que d’y aller d’un mea-culpa ; M. Moore, me pardonnerez-vous jamais d’avoir douté de vous ?

vendredi 29 juin 2007, par Patricia Roy

Créé, géré, édité et bidouillé par David Lamarre. Tous droits réservés (2008)