Sex and the City

Pour le meilleur et pour le pire

Pour des millions de fans, le moment tant attendu est enfin arrivé : Sex and the City passe au grand écran. La barre était haute. Très haute. Reste maintenant à voir si le produit final atteindra le niveau d’excellence des six délicieuses saisons télédiffusées de 1998 à 2004.

Sex and the city, un film de Michael Patrick King avec Sarah Jessica Parker, Kim Cattrall, Kristin Davis, Cynthia Nixon et Chris Noth, USA, 2008, 150 min.

Pour des millions de fans, le moment tant attendu est enfin arrivé : Sex and the City passe au grand écran. La barre était haute. Très haute. Reste maintenant à voir si le produit final atteindra le niveau d’excellence des six délicieuses saisons télédiffusées de 1998 à 2004.

C’est avec un plaisir sans borne et le cœur chargé d’espoir que nous retrouvons le quatuor le plus sexy de tout Manhattan. Mais que sont-elles devenues après une si longue absence ? Le film commence en force en rappelant des moments marquants de la série et en résumant rapidement le chemin parcouru par nos héroïnes au cours des quatre dernières années. Si elles ont toutes grandement évolué dans leur vie personnelle (mariage, bébés, etc.) elles restent sensiblement les mêmes. Carrie demeure toujours aussi rafraîchissante, Samantha est encore portée sur la chose, Charlotte représente la parfaite mère de famille et Miranda conserve son cynisme légendaire. Mais là justement réside l’un des principaux problèmes du film.

Dans cette longue (trop longue) version cinématographique, les personnages se transforment, après 30 minutes de visionnement seulement, en de tristes caricatures d’elles-mêmes. Les jérémiades de Carrie qui se fait briser le cœur pour une énième fois deviennent lourdes à porter, et sa propension à oublier ses malheurs à grands coups de drinks colorés et de chaussures ridiculement chères semble plus flirter avec une extrême superficialité qu’au comportement d’une femme de tête. Pour Samantha, même scénario. On sait bien que cette bombe sexuelle a du mal à vivre une relation stable et exclusive. Nul besoin de nous démontrer sa nostalgie de ses jours de célibat en la faisant espionner, en se léchant les babines, un voisin sexy qui baise toutes les pitounes de la ville. Et l’achat d’un Yorkshire qui « zigne » sur tout ce qu’il voit n’était pas nécessaire pour ancrer davantage la personnalité de l’excentrique Samantha. Pour Charlotte, qui passe la plus grande partie du film à crier et à faire des gros yeux, on a dû la faire se déféquer dessus pour rire de son côté un peu coincé. Il est d’ailleurs d’une infinie tristesse de constater que la charmante Charlotte York s’est mutée en une espèce de matante hystérique et complètement parano en si peu de temps. Heureusement, Miranda est le personnage qui a le moins souffert de ce passage au grand écran en ayant gardé son caractère décapant.

Le hic avec la version cinématographique, c’est que ces quatre femmes modernes et indépendantes ne se définissent plus qu’à travers leurs relations amoureuses. Si l’amitié occupe une place prépondérante dans le récit, les réunions des éternelles copines ne tiennent qu’à leurs déboires sentimentaux. Bien sûr, il est question de sexe et de relations amoureuses, mais il devrait aussi être question de femmes. Or, c’est à peine si Carrie écrit deux lignes durant toute la durée du film, Samantha travaille maintenant pour son petit ami et les deux autres ne parlent que de leurs enfants et leur époux.

La trame narrative donne le sentiment que les scénaristes ont perdu confiance en leurs personnages. De là l’accumulation de gags et de situations burlesques qui entrent en profonde contradiction avec ce que fut Sex and the City. En les propulsant dans ce film fleuve de 2h30, ils n’ont su qu’édulcorer ces héroïnes autrefois si solides. Si la série était drôle, originale et semblait transcender le luxe indécent dans lequel baignaient les quatre dames, il semble ici qu’elles vivent dans un monde de chimères où finalement, tout se règle à grands coups de mariage, de chaussures et de sacs à main. Autre grande déception, les personnages masculins, qui ont su se tailler une place de choix dans le cœur des fans, se voient relayés au rang d’accessoires dans l’intrigue, au même titre que le iPhone qui est plogué de manière on ne peut moins subtile ou le pied de nez qui est fait au livre Le Secret. Dommage puisque ces personnages plus raisonnables auraient pu ramener sur terre ces femmes à la dérive qui paraissent plus absorbées par leur nombril et les bijoux que par le monde dans lequel elles vivent.

Malgré certaines grandes déceptions, il faut avouer que le film a parfois beaucoup de mordant. Le scénario possède des moments incisifs, très drôles, irrévérencieux ou très romantiques. Et il est toujours plaisant de voir quels accoutrements et coiffures afficheront les protagonistes. Même s’il n’est pas à la hauteur des attentes des nostalgiques de la série (dont je fais partie), la production vient quand même titiller certaines cordes sensibles de ce public sentimental et sait le faire rêver.

Le film de Sex and the City ne s’avère pas le prolongement des épisodes cultes qui ont servi de bible à bon nombre de célibataires. On était en droit de s’attendre à beaucoup plus de ce projet vu les traces indélébiles que la série aura laissées derrière elle. Malgré tout, le long métrage comporte certaines qualités qui, j’en suis persuadée, le propulseront au titre de film le plus rentable de l’été.

jeudi 29 mai 2008, par Patricia Roy
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