Sci-fi Spasm

Décortiqué pour vous...

28 avril 2007, au club Soda de Montréal, le festival SPASM organisait une soirée de projections de courts métrages de science-fiction 100% québécois. Sep7.ca y était.

28 avril 2007, au club Soda de Montréal, le festival SPASM organisait une soirée de projections de courts métrages de science-fiction 100% québécois. Sep7.ca y était.


Comme c’est maintenant la tradition, une prestation spectaculaire d’ombres chinoises lança la soirée. L’hommage très réussi à Alien a été mis-en-scène de main de maître par Gilles Brousseau Jr. S’ensuit le premier film de la soirée :

Zordax II La guerre du métal

(Québec, 2006, Syl Disjonk, 12 min - Mini DV, Production Hypercube)

Dans un univers post-apocalyptique à la Mad Max II, un vagabond infortuné tombe dans une embuscade organisé par Zordax, un sanguinaire chef de bande qui encourage ses sujets à « tuer le germe humain ».

Le film de Syl Disjonk (visitez son site web) mise sur d’excellentes ressources techniques. Les décors collent bien à l’esthétique post-apocalyptique recherchée. Les costumes, surtout celui de Zordax, sont tout aussi efficaces. De plus, la direction photo de Carnior jumelée au traitement de l’image et aux effets spéciaux de Éric Bilodeau et Syl Disjonk, donne à l’oeuvre un caractère fantastique appréciable, à condition d’aimer le jaune.

Toutefois, la narration fade et décousue déçoit. On ne retrouve aucune surprise, aucun excès, aucun moment fort. Le ton balance entre l’hommage et la parodie sans réussir à faire l’un ou l’autre. En effet, Zordax II n’apporte pas grand chose, à part les captivants monologues de Zordax, pour faire hommage au genre et manque d’extravagance et d’humour pour réussir en tant que parodie.

En un seul mot : inégal.

Sattelite of the Apes

(Montréal / Frankfurt, 2005, Renaud Gauthier, 4 min, Mini DV, Films Durango)

Dans un passé futuriste alternatif, l’astronaute Charlton Weston découvre que l’équipage de sa station spatiale a été décimé par un gorille agressif. Qu’est qu’un gorille fait dans le satellite ? Et pourquoi porte-t-il une combinaison spatiale ?

Le choix du décor représente la principale qualité de Sattelite of the Apes. Le lieu donne vraiment l’impression de se situer dans une station spatiale de 1981. Renaud Gauthier exploite l’espace à sa disposition avec beaucoup d’adresse, laissant son personnage principal s’y déplacer lentement. Par contre, au niveau de la direction photo, plus de mouvements auraient été appréciés. Presque tous les plans sont bleus et statiques. Quant au singe meurtrier, il ressemble davantage à un loup-garou qu’à un gorille.

La fin surprenante du court métrage correspond parfaitement au message promu par le film de Charlton Heston qui l’a inspiré.

En deux mots : pas pire.

Grosse Fatigue

(Chicoutimi, 2004, Éric Bilodeau, 10 min, Mini DV, Fictis Productions)

Un téléphone étrange sonne sans arrêt. Quelqu’un peut-il décrocher ?

Si dans le film précédent, la caméra ne bougeait pratiquement jamais, dans Grosse Fatigue, c’est tout le contraire. Le cadre bouge constamment de façon fluide.

Techniquement, le film possède l’esthétique léchée et professionnelle qui a fait la réputation d’Éric Bilodeau. Mais dans ce court métrage, le son attire davantage l’attention que l’image. Heureusement, le montage sonore et la musique choisie s’avèrent d’une qualité extraordinaire.

La fin étonnante est bien exécutée grâce aux excellents effets spéciaux composés à l’ordinateur.

En deux mots : bien fait.

Utopie Kaotique

(Montréal, 2005, Anthony Cournoyer, 2 min, Animation 2D, Cégep du Vieux Montréal)

Sur le toit d’un immeuble chinois se déroule un violent combat à l’épée.

Le court métrage semble extrait d’un plus long métrage. Autrement dit, il ne raconte pas une histoire cohérente en elle-même. On dirait simplement une scène d’un plus long film.

Anthony Cournoyer sait par contre dessiner. Ses images d’inspiration Manga sont spectaculaires et précises. Aussi, vers la fin du film, on retrouve une utilisation du cadre inspirée.

Restez attentif jusqu’à la toute fin du générique puisqu’une très bonne blague vous attend.

En un mot : prometteur.

Le nid

(Québec, 2006, Olivier A. Dubois, 4 min, Mini DV, Productions Scooba Nooba)

Dans un lieu extra-terrestre aux allures de salle de spectacle, d’étranges créatures observent la naissance d’un homme adulte dans un sac de plastique.

Olivier A. Dubois cherche à exploiter son esthétique expérimentale pour créer un climat angoissant. Il y parvient en partie grâce à son énergique montage visuel et sonore. Par contre, le décor trop familier d’une salle de spectacle mine l’effet de dépaysement escompté.

En deux mots : bel essai.

TECHNOROBOTRON 3000

(Mercier, 2005, Mathieu Beaulieu, 2 min, Animation 2D, Cégep du Vieux Montréal)

Un savant fou perd le contrôle de son robot géant quand les ondes de sa télécommande croisent celles du jouet d’un enfant.

Que Mathieu Beaulieu parvienne à raconter une histoire amusante en moins d’une minute (sans les crédits) relève de l’exploit. Que les dessins de ses personnages soient à la fois jolis et originaux et que les mouvements de ses personnages soient fluides et précis impressionnent aussi grandement.

En deux mots : précocement maîtrisé.

CHEAP

(Québec, 2007, Eddie69, 7 min, Mini DV)

Deux amis unissent leurs super pouvoirs fraîchement acquis pour combattre un super glandeur aucunement rancunier.

Délicieusement absurde, le récit de Cheap passe du coq à l’âne en rasant le mouton. L’image aux couleurs délavées donne à l’oeuvre un aspect BD qui correspond parfaitement à l’ambiance déjanté de son intrigue de super-héros. Les acteurs exagèrent le ton de chacune de leur réplique d’une manière qui plairait à Adam West et Burt Ward.

Eddie 69 (d’après une idée de Boo) enchaîne les blagues à un rythme effréné, laissant très peu de temps au spectateur de reprendre son souffle. Pour reprendre une expression tirée du film : « alors ça, c’est pas banal ».

Un un mot : hilarant.

TERREUR AU 3918

(Québec, 2006, Mathieu Fontaine, 14 min - Mini DV)

Le capitaine d’un vaisseau spatial est aux prises avec une vermine qui rend les membres de son équipage complètement fou. Le twist : le vaisseau 3918 St-André ressemble justement à un appartement de la rue St-André.

Grâce à d’ingénieux effets sonores, d’imaginatifs utilisations d’objets du quotidien et au jeu sérieux de ses acteurs (entre autres : Rémi-Pierre Paquin et Pierre-François Legendre), le réalisateur Mathieu Fontaine parvient à nous faire croire et apprécier sa vision loufoque des voyages interstellaires. Par exemple, le vaisseau spatial carbure au lait dans le lavabo et aux toasts dans le grille pain.

Seul point négatif : le recours à la lentille grand angle (fish eye) finit par agacer.

En un mot : imaginatif.

Esbark sur la planète des chips

(Québec / Trouville, 2006, Simon Lacroix, 4 min, Animation 2D)

La plus récente aventure de Esbark raconte comment le robot a tenu tête aux bébittes bleues à quatre pattes avec l’aide de ses fidèles compagnons Cibolak, le camion de hot-dogs et le triangle avec deux yeux pis une bouche.

Produit d’une imagination débridée et d’une habilité apparemment limitée à l’utilisation d’un logiciel de dessin, Esbark ravira les amateurs des aventures en pâte à modeler de Zooboomafoo. En visitant le site web de Simon Lacroix (ici) vous pourrez visionner certaines des mésaventures du charmant robot et même vous procurer un DVD de ses exploits.

En une expression bien de chez nous : c’est n’importe quoi.

OMGWTFBBQ

(Montréal, 2006, Sébastien Cormier, 2 min, Animation 3D, Cégep du Vieux-Montréal)

Parlant de n’importe quoi, cette expression s’applique aussi au titre du court métrage d’animation 3d de Sébastien Cormier. Pour ceux qui ne sont pas familier avec l’argo du clavardage : OMGWTFBBQ signifie : Oh My God What the Fuck Barbecue...

Dans un style qui rappelle différents jeux vidéos, notamment les jeux de bastons (genre Soul Calibur) et les FPS (à la Doom) un vaisseau spatial est abordé par un pirate bien armé.

D’abord, le réalisateur se mérite des félicitations pour le design fort réussi de ses personnages et la dynamique séquence d’action qu’il met en scène. Par contre, comme c’était le cas pour Utopie Kaotique, le film ressemble davantage à un passage d’un long métrage qu’à un court métrage en soi.

En un mot : dynamique.

Dead Dolls

(Montréal, 2006, Jean-François Pilon, 6 min, Mini DV, Fabrique d’images)

Le film de Jean-François Pilon reprend une narration enfantine à la Esbark mais le fait d’une façon radicalement différente.

Des images spectaculaires et très habilement construites (probablement les plus belles de la soirée) accompagnent l’histoire racontée d’une voix volontairement désagréable (mais quand même désagréable) d’une petite fille qui explique pourquoi les chasseurs doivent tuer de leur appareil photo les dernières poupées vivantes de la Terre.

L’esthétique sublime de l’oeuvre vous fera écarquiller les yeux. Le conte inconséquent vous fera vous gratter la tête.

En trois mots : belle coquille vide.

Gratien Tremblay

(Québec, 2000, Patrick Boivin / Francis Lauzon, 9 min, Mini DV)

Un concierge de l’espace s’échoue sur une planète déserte. Heureusement qu’il possède un manuel d’intervention et un journal de bord aéroporté pour l’aider à faire face calmement à la situation.

L’intrigue se développe à partir du point de vue de la machine qui enregistre les confidences de Gratien Tremblay, le malheureux naufragé, et calcule au fur et à mesure son équilibre mental et ses chances de survie. Pour produire le point de vue du journal de bord aéroporté, un intéressant travail d’infographie a été réalisé.

Le désespoir croissant du héros s’avère plutôt marrant et ce jusqu’à la fin incontournable et inconfortable.

En deux mots : bien exécuté.

LES HUMAINS

(Montréal, 2005, Félix Lajeunesse / Paul Raphaël / Augustin Tougas / Thien Vu Dang, Musique par aKido avec la voix de Pierre Falardeau, 3 min, Animation 2D / 3D, Aviva)

La musique électronique est souvent considérée comme étant superficielle. Il est vrai que lorsqu’on écoute une musique d’ambiance dans un lounge ou que l’on danse au rythme d’un tube techno dans un club, on n’y perçoit généralement pas de message politique ou philosophique. Certains groupes, comme Coldcut, cherchent à briser ce moule. aKido y parvient avec la chanson Les humains.

Ces artistes du numériques utilisent judicieusement des échantillons de paroles prononcées par Pierre Falardeau pour composer une chanson sur la condition humaine et l’engagement.

De saisissantes animations de prolétaires luttant contre des cornets de gramophones ailés accompagnent la musique. Il y a une adéquation totale entre l’image et la musique, toutes deux produites à partir d’éléments recyclés ainsi que d’éléments construits à l’aide d’ordinateurs.

À en juger par On Deadly Ground, Steven Seagal, le maître de l’Aïkido, serait fier de l’art des musiciens d’aKido.

Spectre B2L

(Matane / Montréal, 2006, Steve Verreault, 9 min, Mini DV, Full Color Production)

Un chasseur se téléporte dans un espace industriel déserté pour combattre un fantôme.

D’un point de vue purement technique, le film est incroyable, surtout lorsqu’on prend en considération le fait qu’il est le produit d’un Kino Kabaret. Autrement dit, il a été créé au grand complet en moins d’une semaine. Les trucages, surtout ceux du spectre, sont sensationnels et la direction photo impressionne tout autant. L’action nous est présenté d’une manière excitante et cohérente.

La mince intrigue déçoit au moins autant que celle de Zordax II mais répond à la question suivante : qui remporterait un duel entre Boba Fett et le Horla ?

En une expression : vite fait, bien fait.

Étoile noire

(Montréal, 2005, Steeve Léonard, 10 min, Mini DV, Dead Cat Films)

Les films de Star Wars ont été parodiés à maintes occasions. Les plus cyniques avanceront même que la nouvelle trilogie parodie l’ancienne. Malgré tout, les geeks ne se lassent jamais de blagues sur le monde des jouets de George Lucas.

Ainsi, dans l’Étoile noire, on suit une recrue Stormtrooper qui apprend les rudiments du métier sur la station spatiale de combat.

Les costumes des Stormtroopers sont franchement drôles. Les interventions du grand Moff Tarkin aussi. Peter Cushing doit se rouler de rire au fond de sa tombe. Léger et divertissant, le film de Steeve Léonard fait adéquatement le pont avec la présentation qui clôture la soirée.

Total Crap : spécial sci-fi.

Les gars de Total Crap, Simon Lacroix et Pascal Pilote, fouillent dans tout ce qui ce fait de pire au niveau du septième et huitième art pour trouver les plus succulents passages psychotroniques. Le montage de 20 minutes qu’ils ont préparé spécialement pour cet événement contient entre autres :

  • Maintes décapitations de créatures poilues comme on en retrouve dans le « cinéma » turc
  • L’épouvantable spécial de Noël de Star Wars
  • La fierté de Shawinigan : Rogers Normandin
  • Un combat entre un rocker et un démon qui lance des étoiles de ninja/mer.
  • Deux duels entre King Kong et Godzilla. L’un cheap, l’autre encore plus cheap.

Et bien d’autres passages plus ridicules les uns que les autres. Pour apprécier ce montage, il faut savoir rire de l’incompétence d’autrui, ce qui implique une certaine dose de méchanceté. Or, à entendre les éclats de rire qui retentissaient dans le Club Soda, il n’y avait pas beaucoup de bonnes personnes dans la place.

Mais ce n’est pas tout... En complément de programme, comme le bonbon qu’on vous remet à la sortie d’un restaurant, la gang de Spasm présenta :

Tom et ses chums #8

Tom rejoint des ami d’école qu’il n’a pas revu depuis très longtemps afin de participer à une partie de Donjons et Dragons.

Le regard de Eddie 69 est fort précis. L’ambiance d’une partie de jeu de rôle est bien calqué. Il y a deux sortes de joueurs, ceux qui prennent ça trop à coeur et ceux qui ne prennent pas ça assez au sérieux. Le choc entre les deux offre des opportunités comiques qui sont bien utilisées.

Mais le cinéaste ne s’arrête pas là. Il exploite aussi les liens et les différences entre le monde des joueurs de (A)D&D et le monde réel. Il faut voir l’horreur dans le visage du joueur quand son personnage se fait violer pendant son sommeil.

En deux mots : agréablement geek.

Pour voir toute la série des Tom et ses Chums et pour en apprendre plus sur Eddie 69, visitez son site web.

Voir en ligne : Festival SPASM

samedi 5 mai 2007, par David Lamarre

P.-S.

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