But we need to come see our own, man. Right, listen : if we had, if we had to depend on black people to eat, we would starve to death ! I mean, you’ve been out there, you’re on the bandstand, you look out to the crowd, what do you see ? You see Japanese, you see, you see West German, you see, you see – you know, Slobovian ! You see anything, man, except our people, it makes no sense ! It incenses me that our people don’t realize our own heritage, our own culture, this is our music !
-It’s bullshit !
-Why ?
-It’s all bullsh… Everything, everyhting you just said is bullshit, I mean, what are you complaining about ?
-I’m talking about my voice…
-THAT’S RIGHT ! THE PEOPLE DON’T COME BECAUSE YOU GRANDIOSE MOTHERFUCKER DON’T PLAY SHIT THAT THEY LIKE ! IF YOU PLAY THE SHIT THAT THEY LIKE, THE YOUR PEOPLE WILL COME ! SIMPLE AS THAT !
(…)
-And inevitably, hip-hop records are treated as they’re already disposable. They’re not maximized as product, even, you know, not to mention as art…
Même si il serait assez facile de déclarer que ce passage tiré du film Mo’ Better Blues de Spike Lee, que j’ai découvert grâce à la pièce Act Won : Things Fall Apart du groupe The Roots ne concerne que le Jazz ou le Hip-Hop, il m’apparaît évident que la question qui est au cœur de ce dialogue est intrinsèque à toute forme d’art : devrait-on privilégier l’intégrité créative ou se plier aux demandes du public quand vient le temps de créer une production artistique ? Nous savons tous qu’un poète qui sonde les confins de son âme et explore les limites du langage a de bonnes chances de vendre autour de 50 copies de son recueil, alors qu’un écrivain peu inspiré peut écrire un thriller ou un roman d’amour d’après une formule consacrée et en vendre des milliers de copies.
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Il serait facile de dire que cette question ne regarde que l’artiste et qu’il revient à ce dernier de décider de ce qu’il veut faire de son talent, mais nous pouvons également, en tant que public, avoir une opinion à ce sujet. Récemment, l’industrie du cinéma a crié à l’aide en demandant un financement plus important de la part de Téléfilm Canada, financement qui a été accordé par le Ministère de la Culture provincial. Je n’ai rien contre le principe d’une aide gouvernementale, mais cet événement a suscité en moi une idée.
Si on suit le conseil du personnage de Wesley Snipes dans l’extrait de Mo’ Better Blues (pour vous situer, c’est celui qui hurle à la fin du dialogue), on fait ce que les gens demandent et on obient du succès. On en a vu un exemple l’an passé : si le cinéma québécois veut faire un film qui rapporte, il n’a qu’à y mettre des poursuites de voiture, des explosions, des blagues, une histoire d’amour… et du hockey (10 points de pénalité à ceux qui n’ont pas identifié le film en question grâce à mes subtils indices). Les profits engrangés par la sortie du film, bien que n’étant pas comparables à ceux des productions américaines, restent substantiels.
Mais ne pourrait-on pas prendre exemple du modèle de fonctionnement « socialiste » de la ligue de football professionnelle américaine, c’est-à-dire, faire une redistribution des profits entre les différentes maisons de production ? De cette manière, les petites boîtes de production pourraient faire sans craindre la faillite suite à la production d’un film qui serait boudé par le public.
Les joueurs mineurs dans l’industrie du cinéma ne servent pas qu’à produire des navets straight-to-video ou des œuvres hermétiques incompréhensibles. Les petites boîtes de production forment un terrain fertile d’expérimentation, qui permet à de jeunes réalisateurs de faire leurs premières armes et de prendre des risques artistiques qui peuvent mener à des œuvres intéressantes. Pensons à Blair Witch Project : qu’on ait aimé ou pas, le film présentait une perspective inédite dans le genre du film d’horreur et ses profits monstres auraient facilement pu financer des dizaines de productions mineures. Des initiatives privées de ce type ont commencé à avoir lieu il y a déjà plusieurs années : Robert Redford a lancé le festival Sundance et lorsque Quentin Tarantino « présente » un film comme Hostel, il permet au public de découvrir un jeune talent qui serait probablement passé sous le radar sans son appui.
Je sais que le football professionnel et le cinéma sont deux choses très différentes et je ne crois pas qu’un système absolument identique puisse être implanté. Néanmoins, c’est la philosophie derrière la réorganisation des profits que je souhaiterais voir être transposée dans le milieu du cinéma. Vous me direz que je suis idéaliste, voire utopiste ? Vous avez probablement raison, mais on en a dit autant des gens qui ont d’abord proposé le système de répartition des profits dans la NFL, et depuis l’établissement de ce système, cette ligue est probablement la plus saine financièrement, en plus de présenter une équité entre équipes qui rend pratiquement chaque affrontement entre deux équipes intéressant à regarder.
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Il y a également la question de la valeur artistique. Rapportons-nous aux dernières paroles de la citation d’ouverture : "hip-hop records are treated as they’re already disposable. They’re not maximized as product, even, you know, not to mention as art…". Un film est « maximisé » depuis que les DVD incluent des suppléments et des versions commentées, sans parler de la vente de produits dérivés. Malgré cela, la plupart des DVD reposant sur les tablettes des clubs vidéos m’apparaissent comme des œuvres « disposable » après consommation, vite oubliées comme un pop-corn au micro-ondes englouti à mains nues. Est-ce que The Royal Tenenbaums mérite une place aux côtés de Deuce Bigolow, Male Gigolo ?
Bon, je suis conscient que mon argumentaire est aussi troué que la couche d’ozone. Je ne cherche qu’à lancer la discussion. Vous pouvez aussi bien me répondre par une citation de la théorie des champs de Bourdieu que par un « t’es con stie », mais pour l’amour de l’Art, répondez !











