Rechercher Victor Pellerin

La chasse est ouverte

Faux documentaire proposant une interprétation libre de ce qu’est advenu Victor Pellerin après sa mystérieuse disparition en 1990, Rechercher Victor Pellerin donne du fil à retorde à ses spectateurs qui livrent une lutte de tous les instants pour dissocier le vrai du faux.

Rechercher Victor Pellerin de Sophie Deraspe, Québec, 102 minutes

Faux documentaire proposant une interprétation libre de ce qu’est advenu Victor Pellerin après sa mystérieuse disparition en 1990, Rechercher Victor Pellerin donne du fil à retorde à ses spectateurs qui livrent une lutte de tous les instants pour dissocier le vrai du faux. C’est à l’aide de péripéties loufoques et de souvenirs troublants prononcés par des intervenants de choix que sont esquissés certains éléments de réponse de l’énigme Pellerin.

« Quoi ? », « C’est qui lui ? », « J’comprends rien ! » on été prononcés à plusieurs reprises lors de mon visionnement de Rechercher Victor Pellerin. Perplexe quant aux objectifs de ce projet que je me figurais être un documentaire dans les règles de l’art, je ne pigeais que dalle à ce que présentait la jeune réalisatrice, Sophie Deraspe que je croyais aux prises avec de sérieux troubles de perception de la réalité. Soudainement, l’illumination s’est produite : « mais on s’en fout ! » C’est aussitôt ce constat établi qu’il m’eut été possible d’entamer un voyage tout aussi étrange que fascinant au cœur de suppositions les plus farfelues de ce à quoi aurait pu ressembler la vie du peintre fantasque après sa disparition. S’entremêlent donc, dans cette première réalisation de Deraspe, une multitude de mi-vérités, mi-mensonges, entrecroisés d’hypothèses dérangeantes sur la vie supposée du peintre élaboré par son entourage d’autrefois.

Afin de peaufiner les éléments mis en place, Deraspe nous présente moult intervenants qui, d’une façon ou d’une autre, ont été atteints par les frasques d’un Pellerin que l’on serait tenté de qualifier d’égocentrique ou d’ingrat. Ancienne petite amie ne s’étant jamais remis de la disparition de son amant, mère qui préfère croire à la mort de son fils plutôt qu’à sa désertion et qui le reconnaît à travers le regard d’animaux sauvages (weird), sœur et meilleur ami qui choisissent d’en garder un bon souvenir… À cette liste s’ajoute un inspecteur de police qui demeure sur le qui-vive pour mettre la main sur le fugitif, une propriétaire de galerie d’art s’étant fait bernée et autres personnages qui vivent à leur façon les répercutions des actes du bellâtre.

C’est à peu près à ce moment-ci, je le devine, que vous vous demandé que diable n’ais-je pas été en mesure de comprendre dans cette histoire qui, présentée comme je viens de le faire, a l’air plutôt simple. La seule chose que l’on sait véritablement est que Pellerin a bel et bien existé (photos et vidéos à l’appui). Les efforts mis en place par la réalisatrice et la collaboration des proches de l’artiste font en sorte que le projet semble crédible. Sachant pertinemment qu’une grande partie du film n’est que poudre aux yeux, on ne peut toutefois jamais tracer avec certitude la ligne entre le vrai et le faux dans cette histoire rocambolesque. Malgré les zones grises créées de plein gré par la réalisatrice, on sent le plaisir évident qu’elle a éprouvé à mener ce projet à terme et la fascination qu’elle porte à ce personnage plus grand que nature. Ayant obtenu une mention de jury à la dernière édition du FNC, ce film vaut le détour et alimentera à coup sûr des discussions enflammées.

mardi 28 novembre 2006, par Patricia Roy

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