Les thématiques abordées dans Quelques pelures sont peu nombreuses : Beaulieu évoque le petit milieu de la bande dessinée québécoise au travers de ses rencontres avec des comparses du 9e art, présente son large cercle social et, surtout, revient constamment sur l’inexistence de sa vie sentimentale. Il est paradoxal que les femmes soient autant présentes dans les pages de son œuvre et néanmoins absentes dans sa vie, mais on finit par comprendre cette curiosité par la lecture d’une des histoires…
Beaulieu possède une bonne plume, qui réussit autant à bien assumer la narration que de restituer un langage parlé crédible dans ses phylactères. Au-delà des récits intéressants, on prend plaisir à lire les textes déployés dans les pages. L’auteur a de la verve, n’a pas la langue dans sa poche et sa candeur assure une grande sincérité dans ses propos.
Au niveau visuel, le style graphique de Beaulieu est assez variable : la ligne claire succède aux lavis, le trait net cède sa place à l’à-plat, les personnages caricaturaux ne ressemblent en rien aux femmes dépeintes de manière beaucoup plus expressive que l’on observe quelques pages plus loin. La composition graphique est des plus simple la majorité du temps, mais le récit en trois actes « Pathétique et dégoulinant » se passe complètement de cases proprement dites, ce qui permet d’aérer la page et produit un effet des plus réussis.
De lire constamment sur les déboires amoureux de Jimmy Beaulieu aurait pu devenir lassant, mais comme il aborde cette situation délicate de plusieurs points de vue et avec humour, on ne sent pas qu’il piétine et on prend plaisir à sa lecture malgré la récurrence de ce thème. L’histoire qui m’a le plus touché dans la quinzaine que l’œuvre nous propose est celle qui porte le titre du recueil : sept pages d’introspection qui prennent aussi la forme d’une confession. Comme pour Thompson et Brown, l’autobiographie sert de thérapie et d’exutoire au bédéiste québécois. Par contre, l’exercice ne prend pas pour autant la forme de journal intime qui peut finir par agacer dans les œuvres d’autofiction.
Je dois avouer ne connaître que très peu la bande dessinée québécoise. On dit de Jimmy Beaulieu qu’il est l’un des meilleurs bédéistes de chez nous : si c’est vrai, il mérite amplement ce titre et si c’est faux, ce qui implique qu’il se fait mieux que Quelques pelures, ce serait signe que la BD québécoise est en TRÈS bonne santé…











