Printemps lunaire

Incursion saisonnière dans le cinéma québécois

Avec Printemps Lunaire, David Turgeon nous offre une œuvre dramatique, profonde, réfléchie… et amusante à souhaits.

Avec Printemps Lunaire, David Turgeon nous offre une œuvre dramatique, profonde, réfléchie… et amusante à souhaits. Son exploration en surface du milieu du cinéma québécois jette des brefs coups d’œil à la création artistique.


Printemps Lunaire, c’est un récit croisé qui implique une gamme de personnages diversifiés mais unis par le 7e art. Il y a Diane L’hiver, actrice improvisée qui ne sait pas trop comment composer avec son statut de jeune première ; David Morneau, jeune réalisateur prometteur qui comprendra rapidement qu’il ne faut jamais prendre le succès pour acquis ; Lillia, ancienne flamme de David qui jouera un rôle effacé mais important dans le récit, et une panoplie de personnages secondaires, dont la fée Dissimulata, qui va un peu regretter de s’être mêlée à cette histoire de fous !

L’un des attraits intéressants de Printemps Lunaire tient dans la perspective du narrateur : alors qu’on croit avoir affaire à un narrateur omniscient qui relate le récit de manière un peu décalée et cynique, on finit par découvrir qu’il est également un personnage au même titre que les autres, qui n’est pas à l’abri de sentiments et d’opinions, qui devient peu à peu confus face à cette histoire qu’il raconte… et qui peut même se faire haranguer et couper la parole par ses personnages !

un autre extrait de printemps lunaire

Au niveau visuel, le trait tremblant du crayon de David Turgeon n’est pas dépourvu d’intérêt. Malgré la manque de précision de ses dessins, il parvient à rendre vivants et expressifs des décors et des personnages qui semblent davantage esquissés que définis. Par contre, la mise en page (divisée de manière très régulière en quatre cases à coins arrondis, à raison de deux lignes et deux colonnes par page), qui cherche à reproduire le défilement d’une pellicule, perd de son impact en fonction de l’irrégularité des traits.

un extrait de printemps lunaire

Le récit comporte quelques allusions à des films et des réalisateurs célèbres, et bien qu’une liste à la fin de la BD offre de brèves descriptions des réalisateurs mentionnés, ce n’est pas une mauvaise idée d’avoir vu ces films pour comprendre les allusions. Le neuvième art n’est pas en reste ; on peut d’abord apercevoir David Morneau lire une copie de Quimby the Mouse, puis, quelques pages plus loin, le narrateur cite explicitement l’auteur de cette BD en écrivant « Ça ressemblerait à du Chris Ware ».

La citation est bien placée mais elle a quelque chose d’étonnant, puisque David Turgeon et Chris Ware sont diamétralement opposés dans leur approche graphique. Cependant, la similitude la plus importante et la plus flatteuse qui pourrait être soulignée entre les deux artistes est qu’ils savent produire des œuvres intelligentes, bien écrites et très savoureuses.

david turgeon

Printemps Lunaire

Par David Turgeon

Éditions Mécanique Générale

155 pages, mais la dernière case du récit est en quatrième de couverture

jeudi 19 juillet 2007, par Gabriel Tremblay Gaudette

P.-S.

1 Message


Créé, géré, édité et bidouillé par David Lamarre. Tous droits réservés (2008)