Pirates of the Caribbean : At World’s End

Un bateau qui prend l’eau

Maintenant rendus à leur troisième abordage, Jack Sparrow et ses comparses mettent toute la gomme pour vous éblouir, et ils prendront aussi tout le temps qu’il faut, quitte à nous pondre un film de 2h48.

Un film de Gore Verbinski, avec Johnny Depp, Orlando Bloom, Keira Knightley, Geoffrey Rush, Bill Nighy, Stellan Skarsgård et Chow Yun-Fat. États-Unis, 2007, 168 min. (« Pirates des Caraïbes : Jusqu’au bout du monde » en version française)

Pour secourir Jack Sparrow, prisonnier du monde des morts suite à sa rencontre avec le kraken à la fin de Dead Man’s Chest, Will Turner, Elizabeth Swann et le capitaine Barbossa se rendent à Singapour, requérir l’aide du pirate chinois Sao Feng. Ils cherchent un bateau, des marins et de précieuses chartes de navigation qui leur permettront d’atteindre le bout de la Terre et ainsi de traverser du côté des morts. Maintenant que Cutler Beckett, le président de la compagnie des Indes orientales, est en possession du cœur de Davy Jones, il contrôle l’équipage du Hollandais volant et s’en sert pour purger les mers de toute forme de piraterie. Barbossa propose de réunir la confrérie des pirates, se composant des neuf plus grands corsaires de la Terre, pour faire face à l’armada de Beckett. Jack Sparrow étant l’un de ces neuf, il est primordial de le ramener dans le monde des vivants pour que la rencontre puisse avoir lieu. Will Turner quant à lui, ne cherche qu’à retrouver le cœur de Davy Jones pour le poignarder et ainsi délivrer son père, Bootstrap Bill, condamné à servir dans l’équipage de Davy Jones pour l’éternité.

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Le capitaine Sao Feng (Chow Yun-Fat)

Bien qu’originalement basés sur un manège à Disney World, la série de films des Pirates of the Carribean s’en sort assez bien (voir Haunted Mansion avec Eddie Murphy comme exemple du contraire). Le dernier chapitre, At World’s End, sert encore une fois un cocktail d’aventure, d’humour, de drame et d’action plus ou moins bien brassé. Avec ses 168 minutes (ça, mesdames et messieurs, c’est 2h48 de pirates... ça fait beaucoup de pirates), le film navigue d’un côté puis de l’autre des sept mers dans une logique, vous vous en doutez, de parc d’attractions.

Visuellement, Gore Verbinski (The Ring) s’explose de plaisir et présente une galerie de personnages et d’environnements tous plus fastes les uns que les autres. Les créatures sont magnifiquement rendues et les bateaux font rêver, tant ils incarnent parfaitement nos fantasmes de petits garçons. Il n’y a aucun doute que Walt Disney est maître à bord de son propre navire ; celui de marchand de rêves. Néanmoins, cette inflation de direction artistique atteint parfois des proportions qui frôlent le ridicule tellement le cadre est chargé et l’image trop lèchée.

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Barbossa (Geoffrey Rush), Elizabeth Swann (Keira Knightley) et Jack Sparrow (Johnny Depp)

Les personnages colorés de At World’s End sont tous brillamment interprétés par une succulente brochette d’acteurs. Orlando Bloom (Kingdom of Heaven) s’en sort assez bien malgré qu’il ressemble davantage à un adolescent leucémique sous son bandana qu’à un féroce pirate des mers du Sud. Bien qu’il porte sous le nez une fine moustache et au menton quelques poils dispersés, il demeurera aux yeux de tous l’elfe androgyne de Lord of the Rings, peu importe ce qu’on lui colle sur la tête. Johnny Depp (Edward Scissorhands) est encore solide en Jack Sparrow, un rôle qui lui a déjà valu une nomination aux Oscars et qui fait désormais partie des personnages les plus iconiques du cinéma américain (en plus, il prépare les jeunes enfants à se promener dans le village gai sans porter de jugement).

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Elizabeth Swann (Keira Knightley)

Certains pourraient trouver Keira Knightley (Domino) un peu fade, mais ce serait par mauvaise foi et surtout par jalousie devant son teint de peau, le plus uniforme qu’on ait vu depuis Ingrid Bergman. À la manière de Sigourney Weever dans la série Alien, elle lutte contre le cliché de la demoiselle en détresse, mais contrairement à Ripley, elle le fait sans avoir à se raser la tête et demeure d’une complète féminité. Alors même qu’elle combat trois crustacés géants au sabre, elle semble tout droit sortie d’une pub de Maybeline.

Geoffrey Rush (Shine) et Chow Yun-Fat (Crouching Tiger, Hidden Dragon) complète la distribution, tous deux de solides acteurs qu’il fait plaisir de voir dans ces rôles démesurés, mais qu’ils rendent avec justesse. La même chose peut être dite pour Bill Nighy (Love Actually), dissimulé sous les tentacules de Davy Jones, mais dont les sifflements gutturaux réjouissent toujours autant.

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Davy Jones (Bill Nighy)

Il ne faut cependant pas tenter de suivre l’intrigue de At World’s End de trop près. Les créateurs ont pour mission de divertir leur audience, peu importe le prix scénaristique à payer. Ainsi, la suite narrative donne l’impression d’être improvisée en cours de route tellement il y a de nouveaux éléments qui sortent de nulle part juste au bon moment. Toute la mythologie fantastico-maritime semble construite au fur et à mesure que l’histoire avance, selon les besoins du manège, sans égard pour la cohérence du récit. Les personnages passent ensuite d’interminables minutes à nous expliquer les détails métaphysiques de leur monde, alors que le spectateur n’y entend absolument rien et qu’il n’est là que pour voir des bateaux se canonner sans fin.

Les producteurs du plus récent Pirates of the Carribean donnent l’impression qu’ils avaient en tête une série de scènes précises à inclure et que le reste du scénario a été brodé alentour. En y ajoutant quelques gags, des acteurs de premier calibre et une surenchère d’effets visuels, on obtient malgré tout un film correct, divertissant selon l’objectif de départ, mais beaucoup trop long. En larguant le baratin utilisé pour baliser leur univers, l’équipage de Verbinski se serait néanmoins rendu à bon port, mais beaucoup plus rapidement et en perdant moins de matelots dans leur sillage.

jeudi 24 mai 2007, par Charles-Louis Thibault

P.-S.


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