Acheter des livres par Internet peut causer de mauvaises surprises. Cet été, j’ai inclus dans une commande de disques un titre de Adrian Tomine. She Read The letter, journal… Je me suis dit « pas trop cher, en plus je l’ai jamais vu en magasin… vendu ! » Trois semaines plus tard, j’ouvre ma boîte, me garroche sur le livre, l’ouvre… Quoi ? C’est un carnet de notes avec des images de Tomine dans les coins ? J’ai payé 12 dollars pour ça ? Ma première réaction a été de me dire « Ouain, je me suis fait fourrer… ». Quelques jours plus tard, j’y repense, et songe « Non, en fait je me suis VRAIMENT fait fourrer ! ».
Comme j’ai tendance à ne pas apprendre de mes erreurs, j’ai effectué récemment une autre commande sur Amazon. J’avais vu une publicité dans le Comic Art qui annonçait la sortie de plusieurs titres, dont l’intrigant PICTURES AND WORDS, new comic art and narrative illustrations. Je l’ai inclus dans ma commande.
Quand j’ai finalement reçu PICTURES AND WORDS, j’ai été légèrement déçu. Je m’attendais à un ouvrage théorique sur la nouvelle bande dessinée américaine. En fait, c’est plutôt une anthologie compilant des œuvres et des extraits d’une trentaine d’artistes contemporains, divisée en trois sections : « Silent », « Single Panel » et « Text and images ». Chaque section est précédée d’une courte introduction et chaque artiste a droit à une présentation longue d’un paragraphe.
Le recueil a comme défaut d’être excessivement inclusif. Parfois, certains artistes sont davantage des peintres que des bédéistes et on voit mal comment on peut les lier aux comics qu’à la narration illustrative. Aussi, certains artistes ont droit à une dizaine de pages et d’autres à une seule et mince page. Certains des artistes les plus intéressants n’ont droit qu’à une image alors que d’autres, qui ont fait du n’importe quoi vraiment laid, ont droit à une place importante.
Aussi, le titre du recueil aurait pu inclure « … from artists that you probably never heard about ». À l’exception de certains « gros noms » comme Joe Sacco (The fixer), Jason (Meow, baby !) et Marjane Satrapi (Peréspolis), la plupart des artistes sont méconnus. L’ouvrage a au moins le mérite de nous faire découvrir des talents cachés.
Comme pour chaque anthologie, on découvre des gens qui nous plaisent (j’ai particulièrement apprécié Tom Gauld, Jordan Crane et David Rees) et d’autres qui nous laissent froids. Parfois, on est en droit de se demander ce que des dessins aussi hideux peuvent bien faire dans un tel recueil.

Le détail le plus amusant du recueil est l’écriture des descriptions d’auteurs. On a l’impression d’être en présence de vendeurs de chars usagés, qui vous diraient n’importe quel commentaire positif afin que vous achetiez la vieille minoune scrap qu’ils espèrent vous passer. Ainsi, quand on dit d’un artiste qu’il a un « graphisme naïf et simpliste », c’est parce que la BD a été faite en cinq minutes ou parce que son style de dessin n’a pas évolué depuis l’âge de ses quatre ans, quand on affirme que les récits d’un autre font preuve d’un « complex storytelling » c’est parce qu’il est tout simplement impossible de comprendre ce qui se passe dans l’histoire et quand on indique que l’artiste a « connu un succès critique relatif », il faut comprendre « ça s’est tellement pas vendu qu’on a même essayé de les donner pour s’en débarrasser et personne n’en a voulu, à cause de ce fils de pute on est près de la faillite ». Dire que ça frise le ridicule n’est pas suffisant, c’est des caisses et des caisses de bigoudis dont on parle ici.
Même si je semble méchant, PICURES AND WORDS n’est pas un désastre. Certains des trucs présentés sont vachement intéressants, comme cet artiste français (Jochen Gerner) qui a pris Tintin en Amérique et recouvert de noir 90% de la page pour isoler quelques mots et faire des symboles qui mettent en valeur le côté très raciste et violent de ce « classique pour les enfants » de Hergé. Le résultat est étonnant. Ça ressemble au travail de David Rees, qui a pris des images tirées d’Internet pour y ajouter des textes de son cru sur la guerre au terroriste (visitez son site). C’est excellent et savoureux. La palme du meilleur extrait revient cependant à Simone Lea, qui a produit une planche spécialement pour le quatrième de couverture de cette édition. Dans celle-ci, un espèce de grain de maïs nous engueule parce qu’on a pris ce livre entre nos mains alors que l’on pourrait aller s’acheter un vrai livre de littérature. Le tout est dessiné et écrit de manière très naïve mais le message passe.
En définitive, PICTURES AND WORDS n’est pas un ouvrage pour les gens qui voudraient s’initier à la bande dessinée. C’est un bon moyen de découvrir des artistes dont vous n’avez jamais entendus parler, mais il serait idéal d’aller à la bibliothèque pour le consulter et garder son argent pour s’acheter les titres qui vous semblent les plus intéressants. La qualité d’impression de l’édition est incroyable, mais je vous suggère vraiment d’aller le voir en magasin et de vous acheter autre chose (en plus, le grain de maïs de Simone Lea va être fier de vous…)











