Notre père

Le bon Dieu dans la rue, au cinéma

Le temps des fêtes des sans-abris, tel que vu par Emmett "Pops" Johns.

Un documentaire de Marie-Julie Dallaire et Andrée Blais

Tous les Montréalais connaissent le père Emmett « Pops » Johns. Chacun a déjà aperçu sa célèbre roulotte la nuit dans les rues du centre-ville. Les bonne oeuvres de Pops ayant souvent été le sujet de reportages télévisés, qu’est-ce qu’un documentaire peut nous apprendre de plus sur le père des sans-abris ?

Plutôt qu’aborder le sujet d’un angle informatif ou éditorial, le film cherche simplement à être représentatif. Ainsi, les conceptrices de Notre père ont opté de centrer le film sur l’homme plutôt que sur sa fondation en le suivant pendant quelques jours du temps des fêtes.

Formellement, le film possède de très belles qualités. La direction photo s’avère particulièrement réussie. Les images, qu’elles soient tournées de jour ou de nuit, sous la neige ou sous l’eau, à l’intérieur ou à l’extérieur, se démarquent par leur netteté. Elles s’harmonisent bien à une trame sonore délicieusement expérimentale. Les cinéphiles qui prisent la forme apprécieront.

Quant au contenu, on nous montre Emmett Johns dans ses fonctions officielles de prêtre ainsi qu’au volant de ce qu’il qualifie être sa vraie église : la branche motorisée de sa fondation Le Bon Dieu dans la rue. On le suit aussi alors qu’il gère les autres ramifications moins connues de son organisme venant en aide aux jeunes sans-abris : un camp de jour qui offre différents services (vétérinaire, studio de musique, cuisine populaire) ainsi qu’un bunker qui fournit un toit pour la nuit à ceux qui n’en ont pas.

Les cinéastes constatent et illustrent que pour les jeunes dans le besoin, Pops fait figure paternelle. Il embrasse le rôle qu’on lui donne, traitant ceux qui lui demandent de l’aide comme ses enfants. Paradoxalement, le bon samaritain prétend chercher à maintenir une distance entre sa personne et les malheureux qu’il assiste afin de ne pas souffrir de déprime si jamais leurs existences prennent des tournants trop tragiques. Cette marge lui permet aussi de s’abstenir de juger ces pécheurs, quoi qu’ils fassent, et de les aimer inconditionnellement comme le prônait jadis le Christ.

Devant un sujet si riche, on ne peut que déplorer la brièveté du reportage. Notre père ne dure qu’une heure, ce qui file trop rapidement. De plus, l’équipe de tournage n’a été en présence de Pops que pendant quelques jours. Un plus long suivi aurait permis de mieux cerner le personnage et de mieux exposer la pertinence de sa cause en montrant les progrès des individus auxquels il vient en aide.

Le film parvient tout de même à démystifier le symbole qu’est Pops pour nous faire entrevoir l’homme. Ses 78 ans le rattrape. Il caresse toujours le rêve d’implanter son modèle d’organisation ailleurs dans le monde. Dieu sait qu’il y a des miséreux ailleurs qu’à Montréal. Espérons seulement que son projet lui survivra.

lundi 4 décembre 2006, par David Lamarre

3 Messages de forum


Créé, géré, édité et bidouillé par David Lamarre. Tous droits réservés (2008)