Night Watch

La guerre froide des vampires

Des individus aux propriétés surhumaines s’affrontent à Moscou pour déterminer quel camp, la lumière ou les ténèbres, régnera sur l’humanité.

un film fantastique de Timur Bekmanbetov, avec Konstentin Khabensky, Vladimir Menshov, Viktor Zerzhbitsky et Galina Tyunina, Russie,

Super populaire dans sa Russie d’origine (Night Watch détient le record pour le plus grand box-office domestique), Night Watch débarque en Amérique du Nord fort d’une réputation principalement construite par les rédacteurs d’Aint-it-Cool-News. Par contre, ces derniers ne possèdent pas les goûts cinématographiques les plus pointus*. C’est donc avec certaines réserves que j’abordai cette histoire basée sur un roman fantastique de Sergei Lukyanenko.

On y raconte que les vampires, les êtres polymorphes, les sorciers et les voyants existent vraiment. Ils se nomment, entre eux, les autres. Opposés dans deux camps : la lumière et les ténèbres, les autres se firent la guerre jusqu’à ce qu’une trêve soit établie pour éviter que tous les autres périssent dans la bataille. Des tensions, tout comme les tensions entre les Américains et les Soviétiques lors de la Guerre froide, se sont établies entre les deux camps. Mais certains signes annoncent la fin de cette paix fragile. Si la guerre reprend, l’un des camps sera anéanti et l’humanité sera soumis au règne des vainqueurs.

Suite aux premières scènes, la certitude de visionner un chef d’oeuvre du genre m’a envahit. Cette sensation, similaire à celle éprouvée lorsqu’on regarde The Matrix ou The Lord of the Rings pour la première fois s’estompa au milieu du film. Le film y perd le rythme effréné qu’il avait su bâtir précédemment et devient un tantinet confus. À cet égard, le manque de cohésion s’explique assurément par les coupures nécessaires pour incorporer l’intrigue du roman à la durée du long métrage. Enfin, le troisième acte, très épique, s’avère tout aussi confus que le second. La conclusion, que je ne révélerai pas ici, étonne et ouvre l’appétit pour le prochain opus (déjà projeté dans l’ancienne URSS) : Day Watch.

La mise-en-scène énergique de Timur Bekmanbetov, propulse le film à travers les passages plus cahoteux de son intrigue. Les décors, costumes et, surtout, les effets spéciaux, s’élèvent à la hauteur de n’importe quelle production hollywoodienne. La grisaille qui habite le film et lui donne sa saveur demeure typiquement russe. Il est aussi très important de souligner le travail extraordinaire de l’équipe technique qui a assuré le sous-titrage du film. Ils en ont stylisé l’apparence à l’écran pour correspondre au contenu des images. Par exemple, lorsqu’un vampire utilise une incantation pour attirer à lui une victime, les mots qu’il prononce apparaissent en lettres de sang. Cette approche proche de la bédé se retrouve seulement sur la face russe du disque.

La profondeur du personnage principal s’impose comme la principale qualité du film. Similaire en plusieurs points au personnage de Deckard interprété par Harisson Ford dans Blade Runner, notre héros se nomme Anton (joué avec aplomb par Konstentin Khabensky). Étrange pion dans une partie d’échecs apocalyptique, Anton s’avoue, à la fois, incertain des valeurs de son camp et sensible aux préoccupations du camp adverse. On le sent vulnérable physiquement et psychologiquement.

Visionnez Night Watch si les films d’horreur, ou les films fantastiques, ou même les films en général vous intéresse. La confusion qui semble miner le film s’atténue, voire disparaît, au second visionnement. En fait, Night Watch est un Harry Potter pour adulte.

* Je me souviens avoir vu, basé sur leurs appréciations, Pitch Black, et j’en suis encore amer.

jeudi 23 novembre 2006, par David Lamarre
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