Nicolas

Simplicité et spontanéité

Récipiendaire du Prix Réal-Fillion lors du FBDFQ 2007

Peut-on faire une BD en deux jours et aboutir d’un résultat satisfaisant ? Peut-être pas à tous les coups, mais Pascal Girard a prouvé que c’était possible. Son œuvre Nicolas, qui traite de la mort de son frère alors que celui-ci était encore un enfant, a impressionné le vétéran européen Lewis Trondheim et s’est vu récompensé par le prix Réal-Fillion lors du dernier FBDFQ. La lecture de l’œuvre m’a permis de confirmer tout le bien qu’on en a dit.

En quelques 70 pages, le bédéiste explore différentes étapes et facettes d’un deuil qui a occupé une bonne partie de son développement. Présenté sous forme de témoignage plutôt que comme une réflexion, Nicolas nous présente plusieurs réactions qu’a manifesté Girard suite à la mort de son frère, autant celle d’un enfant qui ne comprend pas encore le concept de la fatalité et dont les réactions naïves peuvent passer pour de l’ingratitude, que les effets post-traumatiques d’un adolescent qui noie son sentiment de culpabilité dans la drogue, ou encore l’adulte qui craint de devenir un père, encore hanté par son passé.

La structure non-linéaire qui caractérise cette œuvre est très intéressante, puisqu’elle permet de mieux restituer l’éventail très varié des réactions face à la mort qu’une personne peut manifester. Bien qu’une certaine chronologie soit respectée, les changements de situation fonctionnent très bien et provoquent une expérience de lecture très multiple. L’écriture simple et directe permet de livrer avec honnêteté les propos des personnages, qui auraient pris une allure suspicieuse en étant écrit de manière plus ampoulée.

Le dessin quelque peu brouillon de Girard sied au propos. Les personnages, à la silhouette à peine plus évoluée qu’un bonhomme allumette, sont néanmoins très expressifs. J’ai cru y voir une influence de Schultz, mais je peux bien me tromper. L’absence de cadres et de disposition régulière des images créé un flottement qui permet de traverser la lecture de manière fluide.

L’introduction nous apprend que Girard a produit cet ouvrage en deux jours. Cela s’est traduit par une grande spontanéité qui lui a permis de livrer ce témoignage au lecteur en toute candeur et sans retenue. C’est d’ailleurs ce qui rend la lecture de cet ouvrage si rafraîchissante : aussi honnête que peut chercher à l’être un bédéiste auto-fictif, il est probable qu’un travail de longue haleine peut lui donner l’occasion de faire preuve de plus de retenue que ce qu’il avait d’abord envisagé. En produisant Nicolas aussi rapidement, Girard a fait éclater sur la page des pensées qui semblaient le travailler depuis des années. Son récit tient donc davantage de la confession que du portrait, et l’aspect rudimentaire de ses textes et de ses dessins est amplement compensé par ces vérités parfois brutales et toujours touchantes qu’il a mis à jour. Bref, ça vaut le coup.

Nicolas, de Pascal Girard
78 pages en noir et blanc
Éditions Mécanique Générale
Ça prendra pas beaucoup de place dans votre bibliothèque.

dimanche 22 avril 2007, par Gabriel Tremblay Gaudette

P.-S.


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