My Most Secret Desire

Bienvenue dans l’inconscient de Julie Doucet

En trois mots, My Most Secret Desire est auto-biographique, onirique... et perturbant.

La bédéiste internationale d’origine québécoise Julie Doucet n’a pas produit de recueil de BD depuis un certain temps, mais comme Drawn and Quarterly semble intéressé à faire paraître des oeuvres de jeunesse inédites de certains membres de leur écurie (comme elle l’avait fait pour Chester Brown et son Little Man), la maison d’édition montréalaise a recueilli dans une publication récente des strips datant de 1988 à 1995. En trois mots, My Most Secret Desire est auto-biographique, onirique... et perturbant.

On avait pu constater dans My New York Diary que Julie Doucet a vécu une jeunesse bordélique, explosive et assez chargée. La lecture de son expérience new-yorkaise fournit un excellent prétexte de refoulement pour permettre d’enfouir le désir d’avoir une vie excitante dans le fond de son inconscient. Il semble en effet que de faire la vie de bohème et la débauche quotidienne devienne rapidement insoutenable. Malgré tout, on peut parfois rêver de vivre les aventures de Doucet quand on est coincé dans une existence de combat ordinaire.

GIF - 9.1 ko
auto-portrait de Julie Doucet

Mais si on vit une vie trépidante, il nous reste quoi comme désirs refoulés et inconscients à accomplir par le biais d’un rêve ? Si on se fie à ce que Doucet nous confie, tout peut y passer : manger des croissants extraits des caleçons d’un skinhead violent, se masturber dans une navette spatiale avec des biscuits offerts par sa mère, se raser la barbe à tous les jours, accoucher constamment de bébés félins, se transformer en homme et utiliser son gros membre à la première occasion venue, et j’en passe. Bizarre, vous dites ? Je dirais plutôt "Freud, sors de ce corps !"

Allez comprendre quoi que ce soit dans ces récits basés sur des rêves de Julie Doucet. Ce que ces rêves expriment est probablement encore plus trouble que ce qu’ils présentent. Le ton des récits oscille constamment entre le cauchemar et le rêve juste trop loufoque pour être angoissant, on se surprend à rire à quelques occasions mais on se sent très pervers d’y voir une manifestation d’humour appréciable ; dans tous les cas, même sans être calé en psychanalyse, on ne peut rester indifférent face à ce qui est présenté dans My Most Secret Desire.

Comme toujours, Doucet exploite chaque espace disponible dans ses cases pour y placer un objet quelconque ou un détail de décor supplémantaire. La richesse visuelle des dessins de Doucet, avec ses proportions irrégulières et ses jeux d’ombrages mouvants, peut même devenir exaspérante pour le lecteur qui se fait offrir un plat très copieux pour la rétine. Par contre, Doucet travaille dans une esthétique trash, avec des personnages amochés, des lieux en désordre et une écriture très proche du langage oral. Ce n’est donc pas "beau à voir" comme ce serait le cas pour une oeuvre épurée, soignée et lisse, mais l’expérience esthétique convient parfaitement aux récits et aux textes présentés dans MMSD. Dernière note sur la présentation visuelle, la mise en page très conventionnelle est autant fonctionnelle que lassante par moments.

Ce n’est quand même pas pour rien que Julie Doucet est considérée comme une des grandes bédéistes contemporaines. Son style visuel n’est pas impeccable et peut déplaire à plusieurs mais son approche de l’autofiction a quelque chose de la candeur de Chester Brown, de la sentimentalité de Craig Thompson, de l’introspection de Seth et de l’auto-dérision de Joe Matt. Évidemment, les rêves ludiques, libidineux et largués à la face du lecteur peuvent déstabiliser aux premiers abords et susciter un malaise. Néanmoins, il vaut la peine de dépasser ces auto-censures, de manière à pouvoir plonger à pieds joints dans l’inconscient de Julie Doucet pour y découvrir ses désirs les plus secrets.

MY MOST SECRET DESIRE (réédition 2006)

Par Julie Doucet

Éditions Drawn And Quarterly

VIENT AVEC UNE SUPERBE JAQUETTE QUE VOUS VOUDREZ CONSERVER SUR LE LIVRE PARCE QU’ELLE RECOUVRE LA COUVERTURE D’UN ROSE TOUT SIMPLEMENT HIDEUX

samedi 23 décembre 2006, par Gabriel Tremblay Gaudette

Créé, géré, édité et bidouillé par David Lamarre. Tous droits réservés (2008)