Magasin Général : Serge

Un deuxième tome plus mature, créé par Régis Loisel et Jean-Louis Tripp

Quand les maîtres s’en mêlent, et s’emmêlent

Le deuxième tome de la série Magasin Général, Serge, est une oeuvre plus mature, plus confiante et surtout plus intéressante si on la compare à la première tentative, Marie.

Des maîtres de l’art plastico-séquentiel se sont réunis il y a quelques années pour créer une histoire rurale québécoise qui plaira aux francophones d’Amérique et d’Europe. Jean-Louis Tripp (l’auteur français qui nous a concocté Paroles d’anges et Correspondances) et Régis Loisel (l’auteur français résidant au Québec et responsable d’une puissante adaptation bédé de Peter Pan et de La Quête de l’oiseau du temps se sont unis pour explorer le quotidien des habitants d’un petit village commun du Québec des années 1920. Le résultat est fort apprécié : les textes sont riches, les histoires intéressantes et les dessins fabuleux. Et pour cause, François Lapierre (Sagah-Nah) s’occupe d’ajouter les couleurs aux dessins du duo.

Car c’est effectivement de la main conjointe des bédéistes Loisel et Tripp qu’est créée Magasin Général. Les deux maîtres de l’art s’appliquent autant aux dessins qu’aux textes. Il s’agit donc d’une oeuvre authentiquement commune, et non pas une coopération d’équipe comme c’est souvent le cas. Plus concrètement, cependant, la première étape relève de l’idéateur du projet Régis Loisel, qui trace les esquisses et la mise en scène de l’histoire.

En second lieu, Jean-Louis Tripp s’amuse à affiner les traits, à ombrer les décors et à éclairer les scènes.

Puis, finalement, François Lapierre encre de couleurs satinées ou rudes selon le besoin les planches créées par les deux auteurs.

La question de la langue posait par contre un problème. Un francophone européen n’aurait compris que dalle du jargon de nos ancêtres. Or, l’oeuvre se voulait internationale, probablement en raison de l’importance d’attaquer le marché très lucratif de l’Europe. C’est ici que Jimmy Beaulieu (Ma voisine en maillot, -22º, Le Moral des troupes, Quelques pelures) ajoute son grain de sel, unissant le vocabulaire et les expressions locales, ou la parlure pour le rendre compréhensible par tous les yeux francophones. Et le rendu est brillant !

À Notre-Dame-des-Lacs, au Québec, durant l’époque de la Grande Noirceur dirigée par le clergé, la veuve Marie s’occupe du Magasin Général du petit village d’environ 200 âmes. Suite à une panne de moto en plein hiver, elle héberge Serge, un survenant venu de Montréal qui parle avec un fort accent français. En 1920, imaginez le chamboulement que cet événement occasionnera parmi la population. Ragots, potinages, peurs et craintes sont au rendez-vous. Serge aura beaucoup à faire pour se faire apprécier de ses nouveaux voisins, mais il a plus d’un atout dans son jeu ! Et la belle et timide Marie n’y est pas indifférente...

Si le premier tome n’a intéressé que doucement le milieu et les amateurs, Serge fait preuve de plus de maturité pour finalement offrir une lecture jouissive, festive et appétissante.

Magasin Général : Serge
Textes et illustrations : Régis Loisel et Jean-Louis Tripp
Couleurs : François Lapierre
Adaptation linguistique : Jimmy Beaulieu
Publié en 2006 aux éditions Casterman
71 pages en français

lundi 23 avril 2007, par François Gélinas

P.-S.

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