Ma tante Aline

L’enfer est pavé de bonnes intentions...

Triste est le sort généralement réservé aux aînés lorsqu’ils se trouvent au crépuscule de leur vie. Rarement traité au cinéma, ce thème demeure boudé et la majorité préfère l’ignorer. Ce n’est pourtant pas le cas de Gabriel Pelletier qui s’est fixé l’objectif de traiter ce sujet épineux sous un angle différent ; celui de la comédie.

Un film de Gabriel Pelletier avec Sylvie Léonard, Béatrice Picard, Rémi-Pier Paquin, Marc Messier et Sophie Cadieux. Québec, 2007


Triste est le sort généralement réservé aux aînés lorsqu’ils se trouvent au crépuscule de leur vie. Devant livrer un combat de tous les instants à la solitude, la perte d’autonomie ainsi qu’aux troubles financiers, « peu reluisant » est une façon polie de qualifier ce détour obligé de l’existence que tous appréhendent avec vigueur. Rarement traité au cinéma, ce thème, qui rend mal à l’aise, demeure boudé et la majorité préfère l’ignorer. Ce n’est pourtant pas le cas de Gabriel Pelletier. Souhaitant depuis un bon moment aborder ce sujet pour le moins délicat, ce dernier s’est fixé l’objectif avec son dernier projet de traiter du sort réservé aux personnes âgées sans toutefois nous livrer une œuvre arrache cœur. Tout un défi en perspective !

Geneviève St-Louis est le portrait type de la femme d’aujourd’hui. Ancienne médaillée olympique, cette workaholic végétalienne névrosée n’a que faire de la marmaille et de la vie de banlieue. Pour elle, la vie se résume essentiellement au boulot. Réglée au quart de tour, son existence se voit toutefois perturbée lorsqu’elle apprend qu’une vieille tante du nom d’Aline la réclame comme tuteur légal pour gérer ses avoirs en attendant d’être placée dans une résidence. Acceptant à contrecœur cette responsabilité, Geneviève rencontre cette femme colorée qui n’a pourtant rien d’une victime. Ancienne chanteuse de club, Aline est une icône de douce folie et de jeunesse éternelle. Petit à petit, Geneviève prendra conscience de la valeur de la vie et se laissera charmer par cet exubérant personnage qui la poussera à revoir sa conception des choses.

S’inspirant du sort qu’a connu sa mère, elle-même placée dans une résidence de personnes âgées, Gabriel Pelletier souhaitait aborder le sujet de la vieillesse sans tomber dans le pathos. Relevant avec brio ce défi, ce dernier a mis le paquet pour nous faire pouffer de rire. Écrit en collaboration avec Frédéric Ouellet (Grande Ourse) et Stéphane J. Bureau, il était tout à fait légitime d’espérer un scénario intelligent, subtil et de bon goût. Malheureusement, le trio semble avoir voulu s’éloigner si radicalement de la réalité tristounette des aînés qu’ils se sont égarés en chemin pour ainsi se retrouver dans un monde fantaisiste où le « grotesque » règne. Poussant toujours un peu trop la note, le ton donné au scénario par ces blagues grosses comme le bras fait davantage penser au théâtre d’été qu’à une œuvre cinématographique. Y allant de classiques en clichés, les trois hommes derrière ce scénario n’ont rien laissé de côté ; vous y trouverez donc des situations cent fois revisitées où l’on voit une vieille « ma tante » un peu pompette proférant des insanités en public, d’autres où le personnage principal, toute coincée et bien mise soit-elle, se faire faire le plus ridicule des brushings par sa tante pour ensuite aller révéler la profondeur de son amour à l’homme qu’elle affectionne (qui, soit dit en passant, appartient à la génération Passe-Partout donc, évidement, porte la bobette de Spider-man ainsi qu’une cape de super héro en drap contour sans aucune gêne). Vous voyez un peu le genre ? Toutefois, l’apothéose est marquée par cette scène hautement désagréable où l’on peut observer Béatrice Picard danser le rap avec de l’attitude. Des exemples de la sorte, il y en a des tonnes dans le dernier film de Pelletier et bien que ses intentions premières fussent les meilleures, il faut se le dire ; « doux Jésus que ça fait mal ! » .

La réalisation pour sa part comporte son lot d’idées originales ; montage rythmé et vivant, musique qui colle tout à fait à l’ambiance chaude et colorée mise de l’avant dans la production. Toutefois, il demeure indispensable de souligner la maladresse qui caractérise certains passages. Y allant d’une pluie de flash-back, Pelletier a pris l’étrange décision de garder le même casting, et ce, même si ces retours en arrière nous renvoient 40 ans plus tôt. Agissant à titre de claque sur la vie de Geneviève, la démarche de garder Sylvie Léonard dans ces épisodes souvenirs est compréhensible, mais elle provoque du coup un fort sentiment d’amateurisme chez le pauvre spectateur qui ne sera jamais en mesure de s’investir dans ces scènes maladroitement amenées. Que ces scènes se déroulent devant un décor en carton n’aide en rien à la pertinence de ces passages.

Alors, que nous reste-t-il ? Un scénario quelconque, une réalisation inégale… La distribution ! Ayant rassemblé sur son plateau la moitié de la colonie artistique du Québec, Pelletier a su s’entourer des meilleurs. Sylvie Léonard est toujours aussi naturelle et efficace, Béatrice Picard surprend par son jeu espiègle qui met de l’avant sa coquetterie, la présence de Rémi-Pier Paquin n’est pas dépourvue d’intérêt. Mais malgré cette considérable brochette d’acteur, le problème que représente le scénario n’est que plus apparent encore. Lorsque des acteurs de la trempe de Sylvie Léonard, Béatrice Picard, Marc Messier, Sophie Cadieux (et j’en passe) ont l’air de se demander ce qu’ils font là, c’est mauvais signe. Les situations loufoques dans lesquelles ils sont projetés les uns après les autres sont franchement trop grosses et caricaturales pour que l’on puisse les trouver de bon goût et qualifier ainsi Ma tante Aline de comédie réussie.

Noble est le fait d’aborder des thèmes obscurs telles la vieillesse et la dégénérescence qu’elle occasionne. Voilà pourquoi il nous faut saluer bien bas ces artisans qui se risquent à le faire. Toutefois, le courage et la bonne volonté ne sont pas un sceau de qualité. Ma tante Aline en constitue une preuve irréfutable. Dommage puisque tous les éléments semblaient réunis afin de nous offrir une bonne comédie estivale en mesure de nous faire réfléchir.

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jeudi 19 juillet 2007, par Patricia Roy

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