Lust, Caution

Fixation pulpeuse

Le nouveau film d’Ang Lee prouve encore une fois sa maîtrise exceptionnelle des codes cinématographiques, quel que soit le genre auquel il s’attaque.

Un film de Ang Lee, avec Tony Leung Chiu Wai, Tang Wei, Lee-Hom Wang, Joan Chen, Shyam Pathak et Anupam Kher. États-Unis / Chine / Taïwan, 2007, 157 min. (« Désir, Danger » en version française)

Pendant l’occupation japonaise de la Chine à la fin des années 1930, les jeunes membres d’une troupe de théâtre nationaliste concoctent un plan audacieux pour exécuter un important collaborateur chinois au régime japonais. Sous les directives de l’intrépide Kuang Yu Min, la belle et tendre Wong Chia Chi emploie tous ses charmes pour séduire le vigilant M. Yee et le mener au guet-apens. Pour se faire, elle devra se rapprocher de plus en plus intimement de sa cible, jusqu’au point de s’abandonner complètement à ses plus torrides fantasmes pour le convaincre de sa sincérité, au risque d’y perdre bien des illusions.

JPEG - 65 ko
M. Yee (Tony Leung) et Wong (Tang Wei)

Après les émois homosexuels des deux cowboys de Brokeback Mountain, Ang Lee nous propose une oeuvre tout aussi controversée avec ce Lust, Caution. Il y met en scène des séquences sexuelles très graphiques qui ne servent, au bout du compte, qu’à appuyer l’intensité d’un récit d’espionnage extrêmement maîtrisé, soit, mais de forme éminemment classique. Lee prend son temps pour installer une intrigue d’apparence assez simple, mais dont les conséquences conduiront les protagonistes sur des chemins inimaginables, sacrifiant tout au nom de la nation. Wong (Tang Wei), se perdra corps et âme (littéralement) pour atteindre l’objectif fixé par Kuang (Lee-Hom Wang), dont elle est, dès les premiers regards, farouchement éprise. Le dilemme posé sur le sacrifice de son corps pour une cause plus grande résonne d’une rare véracité à travers une caméra rigoureuse et patiente. Lee explore aussi l’ambiguïté des intentions et des relations entre les personnages avec finesse et rien n’est jamais clair ou simple (les penchants nationalistes de Wong ne sont pas très convaincants et on comprend assez vite qu’elle accepte la mission par amour pour Kuang, mais rien n’est jamais dit à ce sujet et c’est tant mieux).

Si les coups de théâtre se font attendre, les prestations remarquables des trois principaux comédiens nous sauvent de la léthargie. Tony Leung est impressionnant de férocité dans son rôle impeccablement contenu, alors que la suave Tang Wei ensorcelle par sa fragilité et sa tristesse toujours sur le point d’éclater au grand jour. Lee-Hom Wang complète le tableau avec son enthousiasme convainquant qui se transforme progressivement en lassitude puis en remords, mais sans jamais qu’un mot ne traverse ses lèvres ; ses jeux de regards bouleversent tant l’émotion y est perceptible.

JPEG - 57.1 ko
Kuang (Lee-Hom Wang)

Même si le rythme parfois trop lent et les longues séquences d’installation peuvent agacer, il est impossible de ne pas souligner la virtuosité formidable d’Ang Lee pour recréer l’ambiance de ces vieux films d’espionnage. Lust, Caution, c’est un peu comme Casablanca à Shanghai, avec quelques passages à la Paul Verhoeven ; trop explicites pour ne pas détonner un peu, mais qui s’amalgament néanmoins assez bien avec l’intrigue globale, sans être pour autant complètement nécessaires.

samedi 20 octobre 2007, par Charles-Louis Thibault

Créé, géré, édité et bidouillé par David Lamarre. Tous droits réservés (2008)