Dans le nouveau film de Robert Redford, trois histoires s’entrecroisent, trois récits distincts, mais inévitablement liés. En Californie, un professeur de sciences politiques vieillissant, Robert Redford, rencontre un étudiant désabusé et tente de réanimer sa passion et son engagement en lui relatant l’histoire de deux anciens étudiants. En même temps, ces deux élèves, désormais engagés dans les forces armées, participent à une attaque nocturne en Afghanistan et tombent dans une embuscade des talibans. Parrallèlement, à Washington, une journaliste chevronnée, Meryl Streep, interview un jeune sénateur républicain ambitieux, Tom Cruise, qui lui dévoile les secrets d’un nouveau plan pour sortir les États-Unis du bourbier irakien.

- Le professeur Stephen Malley (Robert Redford).
Si le film de Redford peut être intéressant parce qu’il s’ancre dans l’actualité la plus brûlante, il manque néanmoins de force parce qu’il n’aborde rien qui n’a pas déjà été dit et redit cent fois. Le réalisateur veut explorer la responsabilité de chacun dans la guerre en Irak, autant celle des citoyens que des politiciens, celles des médias et de l’armée, mais il le fait trop gentiment pour vraiment provoquer une réflexion. Le film se dirige inéluctablement vers une conclusion boiteuse et il n’a, au bout du compte, pas grand-chose à dire.
L’intrigue agit comme une pièce de théâtre avec trois tableaux distincts et alternant entre chacun. Deux des situations se limitent à un échange animé entre deux interlocuteurs, tandis que la troisième fait office de scène d’action alors que les soldats blessés tentent d’échapper aux méchants terroristes. Aussi barbants que les dialogues peuvent parfois sonner, il nous tarde pourtant d’y revenir, tellement on se contrefiche des marines qui donnent l’impression de s’être engagés plus pour prouver qu’ils sont meilleurs que par véritable patriotisme.
Si les prestations du trio de vedettes sont louables, elles n’ont rien de très excitant. Tom Cruise s’en sort quand même assez bien en politicien effronté, un rôle qui détonne de sa palette habituelle de personnages un peu plats, mais il demeure loin de la profondeur qu’il affichait dans Collateral ou Magnolia. Streep et Redford, sans doute les acteurs les plus solides de leur génération, nous livrent des performances correctes, sans plus. Emprisonné dans une série de répliques tirées d’un éditorial du New York Times, leur jeu ne pouvait malheureusement s’élever beaucoup plus haut. La réalisation de Redford se fossilise dans une succession de champs contre champs banals, entrecoupé de plans larges prévisibles et d’establishing-shots inutiles. On se retrouve devant un exercice académique fort utile pour savoir comment filmer un dialogue, mais dont le spectateur moyen n’a rien à foutre.

- La journaliste Janine Roth (Meryl Streep) et le sénateur Jasper Irving (Tom Cruise).
Redford joue au moraliste en nous servant une rhétorique de vieux hippie un peu fané. Sa charge contre l’individualisme et le je-m’en-foutisme généralisé de la population américaine demeure noble, mais elle reste retranchée dans un confort d’intellectuel californien un peu détaché qui le discrédite un peu. Son discours manque de force, manque d’un punch qui soufflerait le spectateur et le porterait vraiment à réfléchir. Lions for Lambs s’apparente davantage à un débat vaseux qui tourne en rond à CNN qu’à du véritable cinéma engagé.











