Les Derniers corsaires, c’est une histoire de sous-marin pas mal plus divertissante et intelligente qu’un stupide film avec Liam Neeson et Harrison Ford. Campée pendant la deuxième guerre mondiale, elle relate l’apprentissage du lieutenant Woolf, ambitieux militaire qui rêve de devenir capitaine au plus vite. Il a encore beaucoup à apprendre, mais heureusement pour lui, deux mentors, les capitaines Fielding et Wallis, tous deux des as de la profondeur apprendront au lieutenant à faire preuve d’intelligence et d’audace.
J’ai d’abord craint que ce récit de guerre ne s’apparente que trop à tous ces romans de guerre d’une pauvreté littéraire navrante. Évidemment, en s’inscrivant dans ce registre, Les Derniers corsaires ne peut éviter de passer dans des sentiers déjà empruntés et frise parfois le cliché, mais la pomme est quand même tombée très loin de l’arbre et est appétissante.
Ce qui permet à cette BD de s’élever au-dessus du récit de guerre bon marché tient probablement dans la qualité de l’écriture de Marc Richard. Passionné de la deuxième guerre mondiale, sa connaissance de l’époque lui permet de pondre un récit assez crédible, mais surtout écrit avec brio. Ses dialogues musclés et ses narrations imagées sont tout simplement délicieuses. Bien que le récit soit déployé dans une structure narrative conventionnelle et parfois prévisible, l’attrait de sa plume permet de davantage savourer chaque phrase lue que de s’énerver à propos du suspense des combats. Les quelques passages humoristiques sont également savoureux. L’épilogue, sous forme de lettres que Woolf adresse à son frère, permet d’apprécier encore plus la qualité du dessin.

Les dessins, quant à eux, sont splendides. Le visuel plutôt sombre et les gueules patibulaires des personnages correspondent parfaitement avec le ton du récit et les ambiances sont magnifiquement établies grâce à des ombrages précis et chargés, sans jamais être oppressants. L’action est bien menée et se révèle très compréhensible (on est loin des combats de super-héros impossible à suivre) et la mise en page est efficace sans jamais être encombrante à la lecture. Jocelyn Houde avait un style unique et constant qui est une jouissance pour l’œil. Si il est également responsable de la coloration (je suppose que oui, rien n’indique le contraire), il avait également un sacré talent à ce niveau.
En somme, les textes sont bien écrits, le récit est intéressant, l’histoire est bien menée, les dessins sont exceptionnels et le tout est un délice pour l’œil. On pourrait se montrer plus exigeant et cracher sur son plaisir, mais franchement, une BD qui se lit avec autant de bonheur, comment ne pas l’apprécier ?











