La question humaine

Fonctionnaires et membres de personnel d’entreprise s’abstenir...

La quête d’une réponse dans notre société obsédée par le profit et la performance.

Réalisé par Nicolas Klotz et écrit par Elizabeth Perceval avec Mathieu Almaric et Michael Longsdale. France, 2007, 143 minutes.

Après avoir été choisi à Cannes pour la Quinzaine des réalisateurs en 2007, La question humaine arrive enfin de ce côté-ci de l’Atlantique. Le film de Nicolas Klotz scrute l’éthique douteuse des entreprises ; le travail bien fait n’a jamais si mal paru.

Simon (Mathieu Almaric, Le scaphandre et le papillon) est un psychologue d’entreprise travaillant au sein des ressources humaines pour améliorer la productivité des employés. Il est responsable de la modification des critères d’embauches pour assurer une meilleure efficacité de sa compagnie, qui a ensuite procédé à une restructuration en coupant la moitié de ses effectifs. Après une réunion avec le directeur adjoint, Simon se voit confier une mission : faire enquête sur le directeur général qui serait dépressif. Au fil de ses recherches, le psychologue découvrira le prix humain du travail de nos sociétés techniques.

Dès les premières images du film, on oppose vigoureusement l’efficacité asphyxiante des membres de l’entreprise à leurs loisirs : soirées très arrosées et « raves ». Dans une époque où rentabilité est synonyme de licenciement, Klotz montre une société malade, écrasée par le poids d’une productivité incessante. De plus, le personnage de Simon nous plonge dans les entrailles du jargon industriel où la suite de mots « restructuration des effectifs » évacue toute la peine des employés qui y ont perdu leurs emplois. L’enquête de Simon, lui-même assez trouble, sur son patron ramènera les douloureux souvenirs de la Deuxième Guerre mondiale et de la méticuleuse méthode d’extermination des Nazis. En superposant les deux discours, le réalisateur exige, de la part du spectateur, une réflexion profonde sur nos sociétés techniques post-industrielles à l’heure de la déshumanisation du travail et de la compétitivité du marché mondial.

Le film de Klotz tient d’un minimaliste extrême avec une aseptisation des décors et une neutralité des couleurs qui soutient l’univers conforme des employés toujours soumis au veston-cravate. La direction photo ne s’aventure presque jamais dans un mouvement pour fixer les acteurs en leur laissant toute la place nécessaire. Ceux-ci portent un minimum de maquillage tout en ayant parfois très peu d’éclairage, donnant ainsi un style presque documentaire au film. Klotz préconise un montage très lent, permettant toujours au spectateur de lui-même comprendre toute la gravité du propos et des images. La production rappelle la hantise chez les personnages de Haneke dans Caché et l’irresponsabilité des entreprises telle que décrite dans le documentaire canadien The Corporation.

Ainsi, La question humaine de Nicolas Klotz se veut une quête de notre humanité, non pas au sens empirique ou théorique du terme, mais bien au quotidien. Bien que cette production s’adresse à un public averti, plutôt qu’aguerri, le film de Klotz s’aligne dans un cinéma d’auteur très intéressant. Si vous n’avez, ne voulez pas ou n’avez pas le temps de lire les milliers de pages de l’œuvre de Karl Marx, La question humaine semble un substitut de choix, d’autant plus que l’actualité du propos justifie amplement son visionnement.

dimanche 20 janvier 2008, par François Petitclerc

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