La Vie en Rose

L’oiseau aux ailes brûlées

La Vie en rose, intitulé La Môme chez nos petits cousins, représente le premier portrait cinématographique de ce monument de la chanson française, et quel bonheur de pouvoir en dire : « mission accomplie ! ».

La Vie en rose, un film de Olivier Dahan avec Marion Cotillard, Pascal Greggory, Gérard Depardieu et Sylvie Testud, France, 2007, 140 min.

Nous connaissons tous le personnage ; nous possédons ses chansons en or, nous la chantons dans nos moments de nostalgie, nous pouvons entendre ses classiques dans nos films d’amour préférés… Le nombre de reprises de ses plus grands succès est incalculable et résonne encore sur nos postes de radio. Mais que savons-nous réellement de ce personnage phare de la chanson française que fut Édith Piaf ? Qu’en fut-il de la vie de cette petite dame à forte voix et aux impressionnants sourcils ? Enfin, il nous est possible de trouver réponse à nos questions. Mais attention ! Loin des faits vécus qu’il nous est possible de visionner à TQS en après-midi, La Vie en rose relate la vie extravagante de Piaf avec un respect et un amour si clair qu’il ne peut faire autrement que de toucher au plus profond de l’être. La Vie en rose, intitulé La Môme chez nos petits cousins, représente le premier portrait cinématographique de ce monument de la chanson française et quel bonheur de pouvoir en dire : « mission accomplie ! ».

Remontant jusqu’aux toutes premières années de l’existence de la chanteuse, Olivier Dahan prend son temps afin de mettre tous les éléments du récit en place. Les premières quarante-cinq minutes sont donc consacrées à l’enfance de Piaf où l’on suit la petite Édith se faire maltraiter par sa mère, puis par son père, puis qui se retrouve dans le bordel que tient sa grand-mère pour ensuite manger à nouveau des taloches de son père. Sans oublier ces moments passés au cirque ambulant avec des femmes à barbe et des hommes cracheurs de feu…Serait-ce trop ? Peut-être, mais le fait est que la hâte d’entrer dans le véritable récit est si grande que ces prémices agissent à titre de préliminaires auxquels on prend goût. Une fois lancée, l’histoire n’a d’autre choix que de captiver par son rythme enlevant, par ses revirements surprenants, par ses dialogues savoureux, par une trame sonore qui nous remplit les yeux de larmes à chaque fois qu’est entamé un grand succès et par son montage effréné qui nous fait garder en mémoire de façon constante la chute à venir de ce monstre de la chanson.

Pour sa cinquième réalisation, Olivier Dahan (Les rivières pourpres 2) étonne par la maturité avec laquelle il a su donner vie à ce projet on ne peut plus risqué (de par l’attente qu’il suscitait). Proposant une œuvre solide et sensible à la fois, ce dernier réalise un véritable tour de force en démontrant la démesure qui caractérise le personnage sans pour autant nous la faire prendre en grip (je fais bien évidemment référence aux accès de rage causant cris, larmes et hauts le corps que vous pouvez voir dans la bande-annonce). Il est toutefois étonnant de constater la manière dont Marion Cotillard a su camper ce personnage d’une extrême complexité. Criante de vérité, elle rend parfaitement l’exubérance de la femme sans jamais tomber dans la caricature et transmet avec une justesse impressionnante la tourmente de cet être déstabilisé par la fascination qu’il exerce sur son entourage. Et que dire des métamorphoses auxquelles fut soumise la comédienne. Méconnaissable d’une scène à l’autre (à cause des retours en arrière) les maquillages de cette production sont d’une telle réussite qu’ils nous font vite oublier les traits de Cotillard et nous font croire sans broncher au vieillissement prématuré de la chanteuse aux prises avec des problèmes de santé et de consommation.

Au même titre que la chanteuse, le film La Vie en Rose opère d’un pouvoir de séduction si important qu’il impose un abandon complet lors de son visionnement. Sans changer le cours de l’histoire, ce film s’ajoutera assurément à votre liste des coups de cœurs de l’année 2007.

lundi 19 mars 2007, par Patricia Roy

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