L’avocat de la terreur

Même le diable a droit à un avocat

La seule chose sûre quand un avocat fait un discours, c’est que vous ne serez pas plus avancé après.

Réalisé par Barbet Schroeder avec Jacques Vergès, Siné, Magdalena Kopp et Hans-Joachim Klein. France, 2007, 135 minutes.

Cinq ans après avoir produit et réalisé Murder by Numbers, 23 ans après avoir écrit Tricheurs, et quelques jours après avoir fait une brève apparition dans le film The Darjeeling Limited , le cinéaste polyvalent Barbet Schroeder présente son nouveau documentaire sur un personnage très controversé : l’avocat Français Jacques Vergès.

L’avocat de la terreur annonce d’emblée que le film représente l’opinion personnelle du réalisateur. Barbet Schroeder prend le pari de cerner l’ambiguë Jacques Vergès. Avec éloquence et charisme, cet avocat a défendu des clients aux ambitions peu communes : le nazi Klaus Barbie, le terroriste Carlos, des dénigrants de l’Holocauste et des membres de factions armées. L’avocat ne dresse pas simplement son autoportrait en discutant avec le réalisateur, le concours de certains de ses proches complètent le tableau. Schroeder examine ses relations courantes avec des membres d’organisations révolutionnaires, en plus de ses penchants pour leurs idéaux. Le film suggère que Vergès aurait eu des liens avec le FLN, la Palestine de Arafat, Pol Pot et les Kmers Rouges. L’éloquence du personnage s’arrête ici. Il fait délibérément planer le doute sur ses affiliations, ainsi que sur ses 8 années de disparition. Ses amis pensent qu’il était au Cambodge, d’autres affirment qu’il a travaillé à la libération de la Palestine, et quelques journalistes présument qu’il a passé du temps en Afrique.

Bien que Vergès reste muet sur son mystérieux exil, le documentaire révèle tout de même ses opinions sur ses clients. Quand on lui demande s’il aurait défendu Hitler, il mentionne qu’il défendrait Bush s’il plaidait coupable. Cette partie fait quelque peu défaut dans la production. Ainsi, si cet avocat semble bien connu du public en Europe, ce n’est pas le cas en Amérique du Nord. J’aurais apprécié une meilleure couverture des clients et amis controversés du personnage (par exemple Pol Pot avec qui il entretenait une amitié), en rapport avec ses opinions personnelles sur eux plutôt que de spéculer longuement et inutilement sur ses années de disparition.

Enfin, la sobre réalisation laisse toute la place à son sujet. Or, le problème vient justement de ce dernier qui embrouille, comme seul un avocat peut le faire, le spectateur avec un discours ambigu et une certaine complaisance. Il en résulte une biographie vacillante et incertaine qui n’expose pas clairement l’opinion du réalisateur annoncée préalablement. Malgré cela, si vous êtes amateur de documentaire biographique (ou avocat), cette œuvre mérite pleinement d’être vu.

mardi 23 octobre 2007, par François Petitclerc

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