Jumper

Franchir l’ennui

Un film qui perd son temps à nous expliquer un univers saugrenu sans grand intérêt que tous les effets spéciaux de la terre ne peuvent sauver.

Un film de Doug Liman, avec Hayden Christensen, Samuel L. Jackson, Rachel Bilson, Jamie Bell et Diane Lane. États-Unis, 2007, 88 min. (« Jumper : Franchir le temps » en version française)

David Rice, un adolescent introverti, découvre qu’il possède l’habileté de se téléporter où bon lui semble et utilise cet étonnant pouvoir pour fuir sa ville natale et son père abusif. Menant une vie mondaine en dérobant l’argent des banques pendant des années, il se fait soudainement rattraper par les Paladins, une puissante organisation secrète qui pourchasse et exécute les « Jumpers » partout à travers le monde. Avec l’aide d’une ancienne flamme et d’un de ses semblables au tempérament explosif, David tente de semer ses poursuivants et d’élucider le mystère entourant la disparition de sa mère et qui serait liée à la guerre entre « Jumpers » et Paladins.

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David Rice (Hayden Christensen) contemple Londres, juché sur Big Ben.

Doug Liman (The Bourne Identity) orchestre ce film d’action en véritable virtuose, mais doit cette fois travailler à partir d’une prémisse saugrenue et d’un scénario absurdement tarabiscoté. On passe près d’une heure trente à ramer pour nous faire comprendre, tantôt en voix off, tantôt en monologue exagérément explicatif, toute la mythologie de l’œuvre, quand, dans les faits, elle se résume à : il y des gens qui peuvent se téléporter et d’autres qui ne peuvent pas et que ça fâche. On nous présente chaque petit détail avec un souci magistralement inutile, comme si on s’adressait à une assemblée d’attardés mentaux, ce qui ralentit un rythme autrement assez bien soutenu.

Les scènes d’action, évidemment l’intérêt principal du projet, livrent la marchandise, mais on s’ennuie ferme et on se casse beaucoup trop la tête en les attendant, pour finalement en venir à un dénouement bâclé qui pue la mise en place pour une trilogie. Aussi impressionnants que les effets visuels soient (et ils le sont), on se lasse rapidement de la réalisation à l’emporte-pièce de Liman qui semble se servir de la caméra comme d’un exacto. Ses plans d’hélicoptère, insérés à tout bout de champ, qui nous montrent son protagoniste partout à travers le monde (sur la pyramide de Kheops, l’Empire State Building, Big Ben, etc.) deviennent assez vite redondants et ne peuvent compenser la minceur de son intrigue et de ses personnages.

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Samuel L. Jackson

Hayden Christensen, que l’on sait pourtant doué de talent pour pour l’avoir vu s’en servir dans Shattered Glass, semble incapable de le retrouver, et nous sert les mêmes regards opaques qui garnissaient les deux derniers épisodes de Star Wars. Samuel L. Jackson (Pulp Fiction) incarne encore une fois un dur à cuire exemplaire et désinvolte, qu’il est impossible de tuer, même quand on lui lance un autobus ou un appartement dessus. Rachel Bilson, caustique et hilarante dans The O.C., ne fait ici qu’office de fifille en danger pas trop utile et assez fade.

Somme toute divertissant, Jumper essaye cependant trop fort, et trop souvent, d’installer un univers incompréhensible pas très intéressant. Le sous-texte conspirationniste évangélique insipide à la Dan Brown n’amène absolument rien et ne fait que retarder les scènes de gens qui se font téléporter des voitures sur la gueule, ce que, au final, sont venus voir les amateurs du genre. torrent dvd

vendredi 15 février 2008, par Charles-Louis Thibault

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