Joe Strummer : the future is unwritten

Portrait d’une idole

Six ans après la mort de Joe Strummer, le chanteur du groupe Clash, Julien Temple propose un documentaire fort complet sur la vie mouvementée de celui qui est aujourd’hui considéré comme le père du punk.

Joe Strummer : the future is unwritten, un documentaire de Julien Temple, 124 min. Angleterre, 2007

Six ans après la mort de Joe Strummer, le chanteur du groupe The Clash, Julien Temple propose un documentaire fort complet sur la vie mouvementée de celui qui est aujourd’hui considéré comme le père du punk.

C’est autour de feux de camp que Temple recueille les confidences d’anciens collaborateurs, amis et maîtresses de Strummer. À tour de rôle, chacun y va de souvenirs et d’anecdotes savoureuses qui permettent de saisir l’essence de ce personnage aussi déjanté que charismatique. Le réalisateur propose donc une exploration détaillée de la montée fulgurante de The Clash jusqu’à sa déchéance, 10 ans plus tard, pour ensuite se pencher sur les années difficiles d’un Strummer qui, constamment associé au succès du défunt groupe, peinera à s’imposer en tant qu’artiste solo.

Malgré la qualité du projet de Temple, il faut un certain temps au spectateur pour comprendre le traitement choisi par le réalisateur. Le mélange d’images d’archives, de scènes d’animation, d’extraits de films d’époque, de narration en voix off d’on ne sait trop qui et d’intervenants qui jamais ne sont identifiés égarera certainement un spectateur qui n’est pas familier avec l’univers de The Clash. Toutefois, cette excentricité vient ajouter une touche amusante et irrévérencieuse au documentaire, le rendant du coup aussi loufoque et séduisant que Strummer lui-même.

Ce qui frappe avant tout dans Joe Strummer : the future is unwritten, c’est l’immensité du décalage entre ces idoles ultras engagées des années 70-80 et celles d’aujourd’hui. Malgré la participation de plusieurs artistes connus, dont Martin Scorsese, Anthony Kiedis, Jim Jarmush, John Cusak, Steve Buscemi, Johnny Depp, ce sont les interventions de Bono qui marquent le plus la scission entre ces deux époques. Bien enveloppé dans son trench top tendance et arborant ses sempiternelles lunettes fumées (même s’il est dans le noir près d’un feu), sa présence ne fait qu’illustrer l’embourgeoisement de nos idoles d’aujourd’hui. Pensons-y un peu. Il fut une époque (celle de The Clash) où jamais les artistes engagés n’auraient accepté qu’une compagnie utilise leur matériel à des fins publicitaires (pub de iPod dans le cas de U2). Fini le temps où les vedettes s’investissaient corps et âme dans une cause. Fini l’époque où chanter relevait de l’acte politique. Mais malgré cette prise de conscience que suscite le projet de Temple, ce film en est un porteur d’espoir. À cette réflexion que propose le documentaire quant au manque de cohésion sociale de notre époque, ce dernier plonge également le spectateur dans une sorte de nostalgie positive qui éveillera en lui le désir brûlant de faire bouger les choses.

L’exploit de Julien Temple avec son film est d’avoir été en mesure de communiquer la fougue, l’enthousiasme, mais surtout, le génie de Joe Strummer en moins de deux petites heures. Extrêmement inspirante, cette visite de l’histoire d’un des personnages les plus marquants de la scène musicale des 30 dernières années vous charmera à coup sûr et vous donnera l’envie de vous procurer toute l’œuvre de ce groupe légendaire ayant profondément marqué son époque. À voir.

mardi 26 février 2008, par Patricia Roy

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