Plus humoristique que dramatique, ce film relate les embûches rencontrées par Truman Capote lors de la rédaction de son célèbre In Cold Blood (que vous pouvez acheter ici en français et en anglais). Vous devinez dès à présent que le visionnement de Infamous renvoie toujours à la même question : pourquoi proposer un autre film sur l’écrivain un an après la sortie de Capote ? D’accord s’il développe un autre angle en observant différents aspects de sa vie tels ses amitiés, sa dépression, ses problèmes reliés à l’alcool… Mais le même sujet ? C’est avec les sourcils froncés que l’on entame le visionnement de Infamous mais également, il faut le mentionner, avec une pointe de curiosité. Après tout, ne faut-il pas laisser la chance aux coureurs ?

Moins de dix minutes sont nécessaires au visionnement pour prendre connaissance de cette gigantesque caricature et ainsi constater que Infamous est trop radicalement différent (de Capote) et racoleur pour que l’on puisse s’y abandonner. La technique employée par ce Truman Capote pour faire avancer son enquête, c’est-à-dire en charmant les habitants de Holcomb (Kansas) en leur racontant moult péripéties de beuveries vécues avec de grandes stars hollywoodiennes, fait peine à voir. On se croirait parfois en pleine comédie musicale des années cinquante, surtout lorsque les habitants (même le chef de police) écoutent aux portes afin d’obtenir le plus grand nombre de détails croustillants sur leurs idoles. En plus d’un personnage principal dérangeant par sa bêtise, on nous présente un Perry Smith (le fameux détenu) diamétralement opposé à l’idée qu’on se plaît à avoir des assassins. D’une sensibilité et d’une intelligence extrême (monsieur lit le dictionnaire dans ses moments libres), ce tombeur réussit à faire chavirer l’écrivain le temps d’un langoureux baisé échangé dans sa cellule. Dans son souci de différence, le réalisateur brosse le portrait de Smith comme étant celui d’un homme fort et vulnérable à la fois. Douglas McGrath semble même avoir trouvé pertinent de mentionner quelques éléments de l’enfance pathétique de ce meurtrier au coeur tendre en nous présentant son père par l’entremise de maladroits retours en arrière. Alcoolo et violent, le paternel est la cause de la déchéance de son fils lorsque celui-ci brise le rêve du petit Parry de devenir chanteur. L’apothéose est toutefois atteinte lorsque l’on nous dévoile Smith chantant ses adieux à Truman, sourire aux lèvres et guitare sous le bras. En plus d’avoir complètement changé la donne quant aux événements ayant suivi la mort du prisonnier, la gravité des problèmes d’alcool et la sévère dépression vécue par Capote ne sont ici qu’effleurées.
Même avec une grande volonté d’y croire, on ne peu ignorer le spectre de Capote qui plane au-dessus des membres de l’équipe de McGrath qui pourtant s’évertue à proposer quelque chose de différent. À défaut d’être original sur le sujet, Infamous a tout de même le mérite de proposer un ton et une couleur qui lui sont propres. Cependant, cette manœuvre rate la cible et n’a pour effet que de semer le doute quant à la crédibilité du projet. Trop de détails connus y sont bafoués et l’accumulation d’éléments comiques fait en sorte que ce film n’a plus rien à voir avec l’histoire tragique que l’on connaît. Cette manipulation des faits et la dilution des enjeux donnent à croire que l’on tombe dans la subjectivité du réalisateur qui, même s’il avait visé juste, aurait eu le défaut d’avoir proposé son film un an trop tard.
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