Indiana Jones (C.L. Thibault)

and the Kingdom of the Crystal Skull

Cette nouvelle aventure de l’archéologue aventurier aurait-elle été une erreur ?

Un film de Steven Spielberg, avec Harrison Ford, Cate Blanchett, Shia LaBeouf, Karen Allen, Ray Winstone, John Hurt et Jim Broadbent. États-Unis, 2008, 123 min. (« Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal » en version française)

Il aura pris son temps, l’archéologue aventurier, pour revenir sur nos écrans de cinéma. Jamais une suite n’aura été aussi attendue (exception faite probablement de l’autre rejeton de Lucasfilm, Star Wars Episode I en 1999) et il est impossible de ne pas recevoir ce quatrième chapitre des aventures d’Indiana Jones avec un mélange d’appréhension et d’espoir.

Le projet semblait sorti de nulle part, d’un chapeau sans doute, et les étoiles (George Lucas, Steven Spielberg et Harrison Ford) tardaient à s’aligner. Mais le résultat est là, devant nos yeux incrédules, en 2008, 19 ans après que Henry Jones Jr et son père aient déniché le Saint-Graal, quête ultime de tous les archéologues occidentaux. La trilogie se terminait ainsi, en beauté, et d’aucun prétendront qu’on aurait du en rester là.

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Mutt Williams (Shia LaBeouf), Indiana Jones (Harrison Ford) et Marion Ravenwood (Karen Allen).

Dans Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull, on retrouve un Harrison Ford vieillissant, la soixantaine avancée tout de même, mais qui demeure toujours aussi convaincant, charmeur et désinvolte. Il doit désormais affronter les troupes soviétiques que le cadre des années 50, et la Guerre froide qui l’accompagne, oblige. La tenace Irina Spalko (succulente Cate Blanchett), obsédée par ses recherches sur le paranormal, se sert du professeur d’archéologie pour récupérer un crâne de cristal précolombien aux pouvoirs psychiques étonnants. Ce crâne permettrait, s’il est retourné dans son temple d’origines, de dévoiler le plus grand trésor jamais mis à jour. Jones est rejoint dans sa quête pour stopper les méchants bolchéviques par un jeune homme au caractère bouillant (Shia LaBeouf), un collègue aux allégeances douteuses (Ray Winstone), une ancienne flamme (Karen Allen de Raiders of the Lost Ark) et par un chercheur rendu fou par l’artefact (John Hurt).

Techniquement, ce nouveau cru fonctionne à merveille. Les répliques incisives sont servies avec aplomb, dans la lignée des autres films de la série, les scènes d’action stupéfiantes (dont une poursuite à travers la jungle qui passera à l’Histoire) pulvérisent toute l’incrédulité qui pouvait nous accompagner à l’entrée de la salle et l’intrigue se tisse avec soin. Même si le mystère semble un brin facile à résoudre, on se trouve néanmoins à des milles de l’imbécillité assommante de National Treasure 2, émule ridicule et inutile dont on ne dira jamais assez de mal.

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Irina Spalko (Cate Blanchett)

Émotionnellement, ce nouveau cru fonctionne moins bien. Même si, sur papier, tout concorde pour accoucher d’un grand film d’aventures, il manque quelque chose. La nostalgie y est surement pour beaucoup, mais on peine à entrer dans ce récit inédit, dans lequel on ne retrouve pas tout de suite l’Indiana Jones du bon vieux temps. Mais où sont les nazis dans cette histoire ? Qui est ce vieil homme qui se prend pour un acrobate ? Quoi, Sean Connery est mort ?

Mais le jeu réconfortant d’Harrison Ford nous convainc finalement et, en forçant un peu, on a l’impression de se retrouver avec un vieil ami. Cate Blanchett, parfaite en machiavélique Soviétique avec son regard réfrigérant et sa diction susurrée trop articulée, vole la vedette à chacune de ses apparitions, et on en vient presque à prendre pour elle. Ray Winstone (Beowulf) joue l’acolyte de service avec entrain et souplesse, tandis que Shia LaBeouf (Transformers) manque d’assurance dans son imitation de Rebel Withour a Cause. John Hurt (1984) passe la moitié du film à balbutier, mais il s’en charge avec tout le professionnalisme d’un acteur shakespearien, comme à son habitude. Le retour de Karen Allen apparaît un peu forcé, et elle semble en définitive perdue dans cette distribution déjà chargée.

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Indiana Jones (Harrison Ford), Mutt Williams (Shia LaBeouf) et Mac (Ray Winstone)

Évidemment, les artifices de messieurs Spielberg et Lucas frôlent la perfection. Rien à redire sur cette production léchée et sur la photographie saisissante de Janusz Kaminski. Les détracteurs soulèveront les faiblesses de l’intrigue, très ancrée dans la filmographie de série B des années 50, mais les clins d’œil trouvent leurs places, ne nuisent pas à la suite narrative et s’inscrivent, au final, dans une logique d’hommage parodique dont Indiana Jones s’est toujours imprégné. La finale en laissera plus d’un pantois, mais en y réfléchissant bien, ne trahit en rien l’esprit de la série.

Cette nouvelle aventure aurait-elle été une erreur ? Certes non, mais il faudra sans doute encore quelques années, et plusieurs écoutes, pour que ce chapitre soit digéré et qu’il prenne la place qui lui revient aux côtés de ses trois prédécesseurs. Comme une paire de pantoufles, il faut les porter un peu et les user pour s’y faire et les trouver confortables.torrent dvd screener download

jeudi 22 mai 2008, par Charles-Louis Thibault

P.-S.

Lisez aussi la critique de François Petitclerc ou la tirade enragée de David.

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