Écrit et réalisé par Paul Haggis, In the Valley of Elah tourne autour d’une enquête sur la mort d’un soldat au retour de sa mission en Iraq. Le film expose, à travers les recherches d’un père déterminé, les répercussions désastreuses d’une guerre sur la jeunesse américaine servant leur pays. Ni les idéaux, ni les promesses ne peuvent venir à bout des mauvais souvenirs du combattant.

Le sergent à la retraite Hank Deerfield (Tommy Lee Jones) reçoit un coup de fil de la base militaire hébergeant son fils. Ne s’étant pas rapporté depuis deux jours, Mike (Jonathan Tucker) doit maintenant être considéré AWOL (Absent Without Official Leave). Père dévoué, Hank part à la recherche de son fils. Le chef de division (James Franco) mentionne qu’il est fréquent que les soldats revenant d’une mission en Iraq partent décompresser quelques jours sans donner de nouvelles. La visite des clubs de danseuses et des bars de la région ne produit aucun résultat. N’ayant plus d’autres options, il demande, en vain, l’aide de la police locale, le détective Emily Sanders (Charlize Theron) lui rappellant que l’Armée détient juridiction sur son personnel. Cependant, la découverte d’un cadavre découpé et calciné, aux abords de la route, changera le cours du récit. Hank ne cherchera plus son fils, mais plutôt l’homme qui l’a assassiné.
In the Valley of Elah ne critique aucunement le conflit en Iraq. Paul Haggis concentre son récit sur ses répercussions en sol américain, sans toutefois ressasser les failles politiques ou idéologiques de l’administration Bush. La présentation du coût humain des missions armées devient la première qualité du film et la nébulosité de l’enquête restitue parfaitement la difficulté de juger des tenants et aboutissants de la guerre avec un grand G. La brisure psychologique et émotive de ceux qui la mènent s’insère dans une trame narrative extrêmement bien écrite. Les aptitudes scénaristiques de Haggis (Million Dollar Baby et Crash) ne sont plus à prouver et la réalisation s’en trouve renforcée. Le ficelage de l’enquête démontre une maîtrise technique qui va au-delà du simple cinéma commercial. Il faut aussi mentionner la prestance de la brochette d’acteurs. Jones remplit à merveille son le rôle de père, avec une performance qui pourrait sûrement recevoir une nomination aux oscars. Quant à Theron, elle rend bien la fragilité d’un policière inexpérimentée.

Il faut dire que les scénarios de Haggis exploitent systématiquement des situations litigieuses américaines. La Deuxième Guerre du point de vue Japonais, l’euthanasie ou le racisme à Los Angeles, Haggis s’en prend toujours au penchant humain des problèmes qu’il exhume, sans pour autant tomber dans le mélodrame, ni dans le sensationnalisme. In the Valley of Elah suit cette logique nuancée. L’enquête transforme notre perception du soldat de témoignage en témoignage. Le corps calciné de Mike repose comme symbole que tout n’est pas rose sur le continent américain.
La pertinence du propos et l’approche humaine de Paul Haggis font mouche. Tandis que les documentaires abondent sur l’Iraq (voir ma critique de No End in Sight), trop peu de films de fiction l’abordent. En polarisant son attention sur les rapports personnels que les soldats entretiennent avec la guerre, In the Valley of Elah se rapproche de The Deer Hunter de Cimino. Comme quoi, même si chaque conflit contient ses propres mensonges, l’impondérable coût humain demeure et demeurera toujours le même.











