I think we’re alone now

Du gaspillage de pellicule malsain

Si ce n’est pas drôle, en quoi ce documentaire peut-il servir à quoi que ce soit ? Nous rappeler que la tristesse humaine prend bien des formes sur terre ?

Réalisé par Sean Donnely (qui ira très certainement en enfer pour cette raison), avec Jeff Turner et Kelly McCormick.

Près de deux décennies après que le one-hit wonder Tiffany ait connue un fulgurant mais bref succès avec sa reprise de I think we’re alone now, deux types pour le moins étranges confessent à la caméra leur admiration maladive pour cette « artiste ». Le premier, Jeff, est atteint du syndrôme d’Asperger, croit en la possibilité de communication spirituelle par la voie de minéraux et a déjà été poursuivi par la chanteuse pour harcèlement. Le second, Kelly, est un hermaphrodite adepte d’athéltisme qui vit une existence solitaire dans un appartement décoré par des photos de la chanteuse collé sur ses murs. Croyez-le ou non, on a pensé faire un documentaire sur ces deux personnes, et c’est terriblement triste et pathétique.

Ces deux personnages ne sont pas sympathiques, et il est fort probable qu’ils ne sont pas exactement conscients du ridicule de la situation dans laquelle ils se trouvent. Il est d’ailleurs difficile de vraiment rire en regardant ces curieux phénomènes confier leur amour maladif pour Tiffany tellement ils sont pitoyables et misérables. Si ce n’est pas drôle, en quoi ce documentaire peut-il servir à quoi que ce soit ? Nous rappeler que la tristesse humaine prend bien des formes sur terre ?

Il y a une différence à prendre un plaisir coupable en regardant des types faire des pitreries aux conséquences douloureuses à la Drôle de Vidéo, et prendre un plaisir malsain et répréhensible à visionner un Bum Fight sur le Web. I think we’re alone now est l’équivalent d’un snuff movie émotionnel. Il faut être d’une mauvaise foi sans borne, voire d’une certaine cruauté, pour avoir suivi à la trace ces deux énergumènes pendant des mois comme l’a fait le réalisateur du film.

Si je n’ai pas été assez clair, voici ce que je pense du film : j’aurais préféré donner le huit dollars que m’a coûté le prix du billet à un étranger dans la rue et le voir s’enfuir à toutes jambes que de me taper I think we’re alone now. Certes, c’aurait été désagréable et ça m’aurait contrarié, mais au moins le tout aurait été réglé en quelques secondes, alors que le film durait bien 75 minutes.

Fantasia met parfois à la programmation des films volontairement mauvais, mais dans une optique de divertissement. Ce film était d’une nullité sans retour à un tel point que je ne peux même pas penser à un film aussi pourri comme point de comparaison. En fait, La menace fantôme est un grand film par rapport à ce gâchis. Ce qui est le plus triste, c’est qu’après avoir suivi un peu les deux protagonistes, le réalisateur ne s’est pas dit pour lui-même « hum, c’est une moins bonne idée que je ne le croyais, je crois que je vais plutôt attacher une caméra sur la tête d’un singe et je vais le lâcher lousse dans un centre commercial ». Parce que c’aurait été une meilleure idée.

jeudi 17 juillet 2008, par Gabriel Tremblay Gaudette

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