Le développement fastidieux de I Am Legend tient justement de la légende. De nombreux cinéastes prolifiques (Ridley Scott, Michael Bay) ont mis l’épaule à la roue avant que Francis Lawrence (Constantine) n’arrive à mèner à terme l’adaptation cinématographique du célèbre roman de Richard Matheson.

Lorsqu’un remède miracle au cancer cause une virulente maladie transformant la population en bêtes sanguinaires sensibles au soleil, le monde entier sombre dans le chaos. Le scientifique militaire Robert Neville, dernier New-Yorkais immunisé à la maladie, poursuit jour après jour ses recherches pour trouver des survivants, des vivres et ultimement, une cure. Nuit après nuit, il doit cependant échapper aux infectés qui rôdent.
Si jadis le projet semblait frais, sa sortie survient après l’agonie du genre des films de zombies. Qu’a-t-il à offrir pour le démarquer de 28 Days (ou Weeks) Later, Planet Terror, le remake de Dawn of the Dead et Resident Evil I,II ou III ?
En un caractère : du $. Les films de zombies/infectés exploitent d’habitude de maigres budgets compte tenu de leurs racines de série B. Ce n’est certainement pas le cas de I Am Legend. Les ressources extravagantes mis à la disposition de Francis Lawrence permettent la composition d’images d’une beauté exquise de la ville fantôme de New-York. Elles permettent aussi l’élaboration de scènes d’action enlevantes montrant les attaques agressives des bestioles de l’ombre. Ces dernières, quand elles ne sont pas simplement créées de bout en bout par ordinateur, sont maquillées numériquement dans le but de leur donner un aspect inhumain. Toutefois, la démarche a comme effet pervers de les rendre moins vraisemblables.

Après le budget alloué aux trucages, l’enveloppe contenait suffisamment de billets pour convaincre Will Smith de tenir le rôle principal. Le « Fresh Prince » fait des efforts remarquables pour donner vie à Robert Neville, un survivant psychologiquement troublé par son isolation et la mort de ses proches mais certaines faiblesses du scénario minent sa performance. Il s’avère difficile de croire à l’âge de son personnage (52 ans) et à ses discussions avec des mannequins. Les scénaristes Akiva Goldsman et Mark Protosevich trébuchent de nouveau en évitant d’épouser pleinement le souffle épique qu’implique l’histoire du dernier homme sur la Terre pour concentrer l’attention sur le quotidien du héros. Nommez une légende qui raconte les exploits d’un savant qui joue au golf, court sur un tapis roulant et regarde des films dans ses temps libres.

Compte tenu du message promu, un titre comme « Je suis biblique » collerait mieux à l’oeuvre. En effet, I Am Legend baigne dans un discours religieux assez superficiel et sa conclusion semble avoir été ré-imaginée en regardant Signs. Au moins, cette teneur spirituelle procure un semblant d’âme à une production plus préoccupée par ses qualités techniques que narratives.
Peu importe son budget, un film de zombies demeure un film de zombies. Son succès dépend presque exclusivement de l’imagination déployée par les cinéastes. Or, cette troisième adaptation du roman de Richard Matheson manque dramatiquement d’originalité pour s’élever au dessus des autres productions de son genre pourrissant.











